mardi 24 août 2021

Au fond de tout être blessé, on peut trouver un éclair d’espoir (24 aout 2021)

 

Une association aide des femmes de la campagne, éteintes par les épreuves, à se reconstruire en s’entraidant à puiser dans leur force vitale.

Les regards sont brillants dans les visages concentrés et attentifs des femmes assises en cercle dans le hangar couvert de toiles  de survie bleutées. Elles échangent avec gravité tandis qu’un éclat de rire illumine leurs yeux quand l’une d’entre elles raconte un exemple concret qui fait mouche à propos de leurs difficultés quotidiennes. Elles se réunissent régulièrement pour parler de leur vie et échanger sur d’éventuels projets d’avenir. Elles ont été sélectionnées en fonction des épreuves qu’elles ont traversées récemment sur ce large plateau d’altitude entouré de montagnes grandioses. Elles ont perdu leur mari ou leurs enfants, leur habitation  a été détruite et  leurs biens volés ou elles ont été victimes de violences sexuelles. Elles sont habillées pauvrement, mais avec dignité. Certaines allaitent, d’autres sont enceintes, toutes sortent d’un cauchemar qui ne les a pas laissées indemnes.

Les deux animateurs (appelés facilitateurs)  – un homme et une femme formés à cet effet –les accompagnent sur un chemin de reconstruction. Contrairement à tant d’ONG qui se contentent de distribuer de la nourriture ou des outils sans autre forme d’accompagnement, l’association Action d’espoir a pour premier objectif de les encourager à espérer à nouveau dans la vie. Elle s’appuie sur la conviction qu’au fond de la personne la plus blessée, il reste encore un peu de force vitale sur laquelle s’appuyer afin de se réconcilier avec soi-même et avec la vie. A ces femmes qui ont erré si longtemps sans aucun espoir et qui ont parfois perdu toute estime de soi et toute motivation pour prendre une quelconque initiative, elle révèle qu’elles peuvent s’appuyer sur ce mince filet de vie grâce auquel elles sont là, aujourd’hui, en quête d’un avenir meilleur.

C’est tout au long d’un patient travail d’écoute que les facilitateurs amènent ces femmes à découvrir en elles des raisons de continuer à vivre et des ressources vitales pour s’engager dans un nouveau projet de vie. C’est souvent sur les valeurs de relation, de solidarité et sur l’amour de leurs enfants qu’elles s’appuient. Sans référence religieuse explicite – mais elles sont toutes croyantes – Action d’espoir participe à un travail de résurrection. Le nombre de personnes rejointes est limité et le travail demande plusieurs mois d’investissement, mais chaque femme remise debout, c’est une famille qui recommence à exister et à participer à la vie du pays.

L’intérêt de les réunir en groupe repose sur la nécessité de reconstruire les solidarités et de favoriser une interaction positive entre elles dont la confiance a été détruite par les horreurs dont elles ont été témoins ou victimes. Car, dans ce cas, le réflexe est le repli sur soi et la perte de confiance en tout être humain. Les croyances les plus enracinées ont été ébranlées. Le traumatisme psychique et physique entraîne une peur et une méfiance par rapport à tout risque d’être à nouveau agressée ou déçue par les autres.

Cette méfiance se perçoit dans l’échange qui porte en ce moment sur l’utilisation du microcrédit proposé par l’association. Il peut les sortir de la dépendance et leur rendre progressivement une autonomie économique au lieu de les maintenir dans l’inertie ou l’assistance. Mais l’échange est grave et vif, car prendre un crédit, c’est risquer d’échouer. Accepter de faire partie d’un groupe de bénéficiaires du crédit – jamais donné individuellement – c’est risquer d’être trompée par les autres, surtout si on est la responsable du groupe et qu’on doit veiller au remboursement à échéance. Et qui s’occupera du crédit quand elle sera à la maternité ? Parce qu’elles savent bien que certaines d’entre elles ne sont pas assez motivées, ou fiables. Qu’il y en a qui disparaissent et qui parfois changent de nom pour s’adresser une autre association moins exigeante sur le plan de la responsabilité personnelle.

C’est ici que les facilitateurs leur expliquent que l’association ne les lâchera pas, qu’on peut retarder l’échéance pour celles qui n’y arrivent pas, que le but est de les accompagner petit à petit sans les forcer. Qu’elles ont le droit à l’erreur pourvu qu’elles fassent ce qu’elles peuvent. Ce crédit peut être utilisé pour commencer un petit commerce, ou un élevage ou du maraichage…  Il oscille au départ entre 10 et 50 $ (soit entre 8 et 40 €). Il peut augmenter par la suite, mais les risques sont limités au début et certaines arrivent à doubler la mise en trois semaines. Elles sont souvent courageuses et débrouillardes. Pour les aider aller plus loin, des sessions d’alphabétisation sont proposées et j’ai été impressionné par leur sérieux et leur joie, lorsqu’elles réussissent à écrire toutes seules leur nom ! Un animateur disait avec humour : c’est pour quand il y aura une banque dans la montagne.

Une autre source de résistance est l’attitude du mari pour celles qui ne sont pas veuves ou qui se sont remises en ménage. Les unes disent qu’il ne faut surtout pas qu’ils sachent car plusieurs d’entre elles se sont fait voler le prêt par leur mari qui a tout dépensé en boissons. D’autres disent que ce n’est pas bien de prendre un prêt sans en parler au conjoint. Une autre explique que son mari est d’accord et la soutient.  Il ne s’agit donc pas seulement d’entrouvrir un nouvel avenir pour chaque femme concernée, mais on touche ici à la vie du couple,  à la soumission et à la domination traditionnelles des femmes par des maris qui souvent les exploitent. C’est pourquoi il est parfois nécessaire que les facilitateurs les visitent à la maison et expliquent au mari l’objectif du prêt et le bénéfice que toute la famille en retirera à la longue.

C’est ainsi qu’à partir des drames que traversent ces régions toujours menacées par de nouveaux conflits, un espoir est un train de naître. Des femmes et des familles se reconstruisent, certaines se libèrent de dépendances pernicieuses et une population entre dans un processus de réhabilitation. Cela laisse espérer que demain se prépare déjà, qu’un renouveau est possible, car une poignée de personnes convaincues et bien formées, encouragées par d’autres qui les soutiennent efficacement d’au-delà des mers, croient que du mal, malgré tout, peut naître un bien…

Tout cela évoque Noël qui approche…. et les chorales qui sont en effervescence dans les villages nous le rappellent, même s’il n’y aura pas de réveillon... mais l’espérance sera célébrée.

 

vendredi 20 août 2021

L’Occident en panne d’utopie ( 20 aout 2021)

 

Vu des pays du sud, l’Occident donne l’impression d’être en panne de projet et de sens. Sa principale préoccupation actuelle semble être de maintenir à tout prix son niveau de vie et sa place traditionnelle économique et militaire dans le reste du monde.  

Voici comment il est perçu par beaucoup de peuples du Sud.

Maintenir le pouvoir d’achat, le niveau de la sécu, les réserves pour les retraites, sont certes des préoccupations légitimes. Chercher des marchés extérieurs pour exporter des produits finis ou des brevets, au risque d’augmenter d’autant le chômage national peut se comprendre.  Mais se protéger des migrants qui pourraient abuser de certains avantages, contrôler les lieux de la planète où il y a encore des réserves d’hydrocarbures dont la pénurie est régulièrement annoncée au détriment des nations peu développées pose déjà beaucoup plus de questions. Car derrière cette préoccupation de maintenir les « privilèges acquis », on semble continuer de considérer comme normal que 20% de la population mondiale jouissent de 80% des ressources de la planète. Avec un certain cynisme, on présente au reste du monde la « réussite du modèle de développement à l’occidental » comme ce que la modernité a produit de mieux tout en étant bien décidé à ce que le reste du monde n’accède pas au même niveau de consommation et de pollution.  Car cela signerait l’extinction de la planète. Imaginons les 7 milliards d’habitants jouissant du niveau de vie des classes moyennes et supérieures de l’Europe et des Amériques ! C’est inenvisageable… mais ce modèle est diffusé dans le monde entier via la télé satellitaire et l’internet. Si les ressources se restreignent il semble clair que ce sont toujours les mêmes qui en profiteront.  Quel parti politique en Occident peut mener sa campagne sur le thème : « cela a assez duré, maintenant on partage ! ». Pourtant tôt ou tard, de gré ou de force, on y sera obligé. Ce qui pose problème ici, c’est que l’avenir de l’Occident semble être derrière lui : on ne construit pas un avenir en se crispant à reproduire un passé déjà révolu.

En effet, alors qu’elle en pleine crise de son modèle financier et économique, en perte d’identité et de sens également, l’Europe est confrontée à une croissance économique quasi nulle pour les prochaines années alors que l’indice de croissance des pays émergents explose (Chine, Inde, Brésil, émirats…). .  Un certain nombre de pays sur les dictatures desquelles l’Occident appuyait sa croissance - sans état d’âme - s’engagent dans un avenir incertain.  Le printemps des uns risques d’être l’automne des autres.  Du coup, les occidentaux promettent aux pays arabes de les soutenir dans leur marche vers la démocratie à l’occidentale (la meilleure…) et dans la promotion des droits humains. Surtout pas l’islam au pouvoir. Certes, l’Occident ne veut pas perdre les marchés ni les ressources naturelles dont il a besoin pour maintenir son niveau de gaspillage.

Or, d’où j’écris, de l’Afrique profonde, on s’interroge : quel modèle l’Occident a-t-il à offrir à ces pays ?  La conception de la famille, des relations, de la transcendance qui domine dans les pays, les cultures et les religions des pays en développement ou émergents est pour eux une référence infiniment plus précieuse que le modèle occidental, même si celui-ci continue à fasciner par son niveau de confort et ses technologies. En effet, s’il n’a rien d’autre à proposer comme horizon de sens que la consommation la plus matérialise et la plus individualiste, l’absence de transcendance et le marasme du modèle familial, ainsi que la pauvreté des relations interpersonnelles, qu’a-t-il à offrir aux pays arabes et aux autres pays du Sud ? Les droits de l’homme ? Mais ceux dont il se revendique paraissent infiniment suspects vu du Sud ou de l’Orient. Des droits humains où les Etats-Unis refusent que la Palestine fasse partie de l’UNESCO (et lui retranche 75 millions de USD) mais soutiennent Israël qui méprise totalement depuis des décennies toutes les résolutions de l’ONU le concernant (et qu’ils arrosent de milliards chaque année) ? Où est la logique ? Vu d’Afrique, des pays arabes et de l’Orient, l’Occident est en train de perdre toute crédibilité. Quels droits humains quand il y totale liberté de circulation des marchandises, des flux financiers et des experts mais interdiction d’immigrer pour les travailleurs non qualifiés ou des étudiants du Sud qui n’ont aucun espoir dans leurs pays d’origine où presque personne n’investit sérieusement à part les pays émergents ? Cela ne signifie pas que je suis pour l’immigration sauvage, mais tôt ou tard, l’Occident sera obligé de les faire venir sauf à ne plus pouvoir entretenir ses infrastructures, sanitaires, routières ou ferroviaires, par exemple.  

Les Occidentaux sont-ils conscients qu’il existe une animosité croissante de la jeunesse des pays du Sud contre eux ? Ici, Kadhafi décédé est glorifié comme un héro de la résistance à l’impérialisme occidental et les journaux écrivent que les avions de l’OTAN ont tué plus de civils que le colonel… (Et je ne suis pas dans un pays musulman !). Ce fut le cas aussi lorsque Saddam Hussein ou Oussama Ben Laden ont été assassinés. Et tout le monde ici renvoie à l’échec des guerres occidentales en Iran et en Afghanistan, considérées comme uniquement destinées à contrôler les ressources naturelles …. 

Une lycéenne allemande de 17 ans a répondu récemment à une question sur le futur de l’Europe : « l’Europe n’a plus d’avenir, elle vit dans la frénésie mais en réalité rien ne se passe de nouveau…, on est dans la répétition frénétique. »

Le rêve moderne du progrès économique  illimité n’est plus crédible…

En effet, l’Occident ne semble plus croire en lui-même pas plus dans son modèle que dans son avenir.  Qu’a-t-il de dynamisant à offrir à la jeunesse du reste du monde ? Il doit renoncer au rêve d’un niveau de vie que ne peut plus assurer le néo-libéralisme. On sait que le souci lancinant de Mr Trichet, directeur sortant de la BME, était de maintenir le pouvoir d’achat de l’euro.  Aujourd’hui, quels sont les parents et les grands parents en Europe qui oseraient dire à leurs enfants ou leurs petits-enfants que leurs conditions de vie futures seront meilleures ou tout au moins égales aux leurs ? Le mythe du progrès purement matériel est condamné à mort.  C’est la fin du bonheur par le quantitatif et l’avoir. Quelle chance !  

L’Occident est en train de s’étioler par manque de sens, de réponse crédible aux questions auxquelles les mythes traditionnels répondaient à leur façon : d’où venons-nous ? qui sommes-nous ? où allons-nous ? Plus personne ne peut prédire l’avenir comme le montre la façon dont les Etats européens bricolent aujourd’hui la survie de l’Europe (malgré les mises en garde de J. Delors à l’origine). Ils en sont réduits à une politique purement réactive pour limiter les dégâts de crises structurelles à répétition: il n’y a plus de vision, seulement du replâtrage. On l’a vu lors du dernier G20 : l’horizon actuel des pays les plus riches du monde est d’essayer malgré tout  de maintenir un modèle qui n’est plus crédible en promettant des miettes aux pays pauvres. Je ne suis pas en contact direct avec les « indignés » mais je crois que c’est cela le cri de « ras l’bol » qui résonne aujourd’hui.

Un projet de société qui veut offrir un horizon de sens et un espoir de progrès dans l’humanisation des personnes et de  la planète peut-il se limiter au maintien égoïste d’un acquis, à une crispation sur ses avantages ? Peut-on se contenter d’un projet de vie où on se protège de tout (et surtout du partage) en lorgnant vers le nationalisme, le protectionnisme et le populisme ? L’Europe est tentée par le syndrome de la forteresse. Tant qu’on en restera au quantitatif, tant que l’horizon pour l’avenir sera la sécurisation des acquis du passés, il n’y a plus  ni avenir ni horizon. Il y a ici un réel risque de déshumanisation. Car l’être humain n’existe pas d’abord pour avoir, mais pour être et être avec et pour les autres. Bergson parlait de supplément d’âme…  C’est pourquoi, il est très important aujourd’hui d’être à l’écoute de certains groupes alternatifs qui sont moqués par les majorités comme  de pures utopistes.

Mais l’utopie est plus féconde que la peur ! Ils disent : puisque les grands  systèmes n’ont aucune alternative à proposer à la suite des échecs du communisme et du néo-libéralisme, créons du complètement neuf… avec les valeurs les plus anciennes : l’intériorité, la relation, la solidarité, le respect de toute personne dans son unicité, ainsi que de la planète… Non pas revenir en arrière, mais retourner au centre : l’homme est un être d’intériorité qui est fait pour la relation, la transcendance et la création. Il s’agit de sortir du quantitatif et du matérialisme pour revenir au qualitatif et aux valeurs spirituelles (prises dans un sens large, ou religieux).  Les chrétiens seront-ils au rendez-vous ?

Excusez ce cri qui vous vient du Sud, mais je crois qu’il reflète honnêtement le défi perçu aujourd’hui dans nos pays par beaucoup de personnes désillusionnées par des décennies de vaines promesses de partage.

En tout cas, en R.D. Congo, le choix est fait : quasi tous les projets officiels de développement sont confiés aux Chinois, pour une valeur de 60 milliards de USD. Mais, est-ce de leurs marchands et de leurs entreprises que nous pouvons attendre le supplément d’âme ? Faut-il passer du matérialisme occidental au matérialisme chinois ? Voici un défi pour les jeunes de nos pays...  et donc pour nous, leurs formateurs et parents.

Je sais qu’on ne peut parler de l’Europe comme d’un ensemble homogène, qu’il y a des grandes différences entre les pays, qu’il y a encore plein d’associations et de gens engagés et généreux qui croient dans l’homme et dans un  avenir plus humain, mais je me situe ici du point de vue de l’image que les médias et les expatriés  donnent généralement de l’Occident dans les pays du sud ou je travaille et voyage beaucoup.

jeudi 12 août 2021

les enfants connaissent la misère et sont victimes de plusieurs atrocités dans la ville de Bukavu. Quel avenir pour la jeunesse de demain ?

 

Au Sud-Kivu précisément dans la ville de Bukavu, plusieurs enfants passent la nuit à la belle étoile suite aux nombreuses manipulations qu’ils subissent ou à la pauvreté de leurs familles.

A cela s’ajoute, depuis les années 2000, une situation d’exploitation économique des enfants par leurs propres parents, les accusions de sorcellerie contre les enfants mais aussi le phénomène « enfant en situation de rue » a pris de l’ampleur dans cette ville.

Pourtant protégés par la constitution et plusieurs lois congolaises, ces derniers sont toujours oubliés et sont devenus responsables de leur vie.  Or la place de l’enfant c’est dans sa famille, à l’école et pas dans la rue.


Plusieurs chantiers des maisons dans cette même ville sont achevés grâce aux travaux que réalisent ses enfants en coulant les dalles.  Pourtant du point de vue légal, cela est interdit. L’on remarque des enfants qui travaillent dans des chantiers jour et nuit mais qui pour finir sont payés en monnaie de singe et d’autres qui se font escroqués leur prime par des personnes adultes qui les engagent frauduleusement.

En signalant ce que dit la convention internationale des droits de l’enfant à ses article 5, 9 etc. dit

« Art 5 : l’Etat respecte la responsabilité, le droit et le devoir qu’ont les parents ou, le cas échéant, les membres de la famille élargie ou de la communauté… de donner à celui-ci, d’une manière qui corresponde au développement de ses capacités, l’orientation et les conseils appropriés à l’exercice des droits que lui reconnait la présente convention.

Art.9 : l’Etat veille à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins… que cette séparation soit nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant. »

La loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant en RD. Congo à ses articles 46, 58 etc. poursuit en disant :

« Art. 46 : l’enfant a son domicile, selon le cas, chez son père et mère et d’être élevé dans la mesure du possible par eux.

Art. 58 : l’enfant est protégé contre toutes les formes d’exploitation économique.

L’exploitation économique s’entend de toute forme d’utilisation abusive de l’enfant à des fins économiques. L’abus concerne notamment le poids du travail par rapport à l’âge de l’enfant, le temps et la durée de travail, l’insuffisance ou absence de la rémunération, l’entrave du travail par rapport à l’accès à l’éducation, développement physique, moral, spirituel et social de l’enfant. »

Malheureusement cela est loin de la réalité.

Ceci laisse à croire que plusieurs personnes le font en cachette et d’autres par ignorance de la loi pourtant dit-on « nul n’est censé ignorer la loi »

Pour préparer l’avenir de ses enfants, nous osons croire que l’Etat congolais, les organisations des droits de l’homme et ceux qui œuvrent dans le domaine de la protection et l’éducation de l’enfant mais aussi la communauté devraient avoir un regard positif vis-à-vis de ses enfants dont jusqu’aujourd’hui la vie future est en danger.

 Ces enfants, dans plusieurs avenues de la ville de Bukavu voire même dans les marchés comme par exemple de Kadutu, Nyawera, Beach Muhanzi, tous à Bukavu, sont à la base des insécurités, des vols et viols des enfants mineurs.



Une fois l’enfant grandi dans cet état, il n’est pas évident qu’il change, la plupart deviennent des voleurs à main armée et d’autres sont à la base des enlèvements des enfants, un phénomène qui est aussi en train de prendre de l’ampleur dans la ville de Bukavu, Kinshasa, Goma, Lubumbashi etc. et qui risque d’échapper au contrôle des services d’ordre dans les jours à venir.

A Kinshasa par exemple, ces enfants sont déjà surnommés « KULUNA », par contre à Bukavu, on les appelle de « MAI BOBO » des surnoms que nous pensons n’avoir aucun sens et aucune signification du point de vue éthique.

Toujours à Bukavu, ces enfants passent des journées dans les canaux d’eaux à la recherche des métaux de cuivre qu’ils vendent pour se trouver de quoi manger.

En 2007, certaines organisations de l’Archidiocèse de Bukavu ont commencé à prendre conscience de l’avenir de ces enfants et sont directement passés à l’action comme c’est le cas du Foyer Ek’Abana qui depuis cette année, a identifié certains enfants qui subissaient l’exploitation économique par leurs parents en vendant de l’eau contre le manioc dans le marché du beach Muhanzi pour nourrir leurs familles. Ses enfants ont été surnommés par la communauté « enfant MAI MUHOGO ».


A cela il y a des organisations qui s’occupent de ces enfants victimes dont nous pouvons citer à titre d’exemple :

-          Le PEDER qui s’occupe des enfants de la rue

-          Le centre Nyota qui accompagne par la formation professionnelle des filles victimes des violences sexuelles

-          Le Foyer Ek’Abana qui s’occupe des enfants accusés de la sorcellerie

-          Le Centre Don Bosco qui s’occupe des enfants en situation de rue, etc.

Toute ces organisations font leurs parts dans la protection et l’encadrement des enfants.

Le travail que réalise ces dernières devrait interpeller le gouvernement et d’autres organisations à s’impliquer davantage pour répondre aux multiples problèmes de ces enfants qui sont l’avenir de demain malheureusement oubliés.

Dans nos investigations, nous avons interview Monsieur Steven MBALAMBALA qui est animateur social au Foyer Ek’Abana et qui, il n’y a pas longtemps, a été dans l’équipe qui a identifié et documenté les cas des enfants vivants dans les rues à Bukavu :

Steven Mbalambala animateur de son état nous précise que

Je suis animateur social au Foyer Ek’Abana chargé de la médiation familiale

Il n’y a pas longtemps nous avons fait le dénombrement des enfants en situation de rue et l’identification parce que nous avons trouvé que le nombre des enfants qui vivent dans la rue à Bukavu est en train d’augmenter.  A l’issue de ce travail, nous somme parvenus à localiser la provenance de ses enfants afin de proposer la stratégie à mettre en place pour diminuer la délinquance des enfants.

En voulant savoir les causes qui font à ce que les enfants se retrouvent dans la rue, Mr Steven poursuit son speech en disant :


Par rapport à ce qui fait que les enfants soient dans la rue, il y a la séparation des parents, quand ils divorcent ou quand ils meurent, les enfants se trouvent en train de chercher leur éducation seule sans limite, mais aussi il y a la pauvreté de la famille et quelque fois l’enfant lui-même.

Au moins 80 pour cent de ces enfants viennent du territoire de Kabare surtout Kabare Nord dont (Mudaka, Murhesa, Kavumu, Katana voir même Kalehe).

Ces enfants dans la rue vendent des beignets pour les adultes, d’autres vendent des sachets etc. parmi eux nous avons aussi trouvé que leur travail est de voler seulement et d’autres fument du chanvre.

Parlant de l’avenir de ces enfants, Steven continue en disant :

De l’avenir de ses enfants, nous pensons que ses enfants n’ont pas d’avenir parce que la communauté ne se sent pas vraiment responsable. Nous pensons qu’il faut peut-être soutenir et augmenté les centres d’hébergement. D’ailleurs nous avons déposé le résultat de notre enquête au gouvernement provincial.

Nous invitons toutes les couches sociales à conjuguer les efforts ensemble afin de voir comment sauver ses enfants.

A conclu Mr Steven.

Destin Byandike Kad.

Destin Byandike Kad. Journaliste indépendant en RD. Congo et membre de l’Union Nationale de la Presse du Congo et chargé de communication de Germes d’Espérance au Sud-Kivu.

 





samedi 31 juillet 2021

Forum du 06 au 07 mai sur : (le sort des enfants en situation de rue : Enjeux et perspectives’’) (le 31 juillet 2021)

 

Les salésiens de Don Bosco, arrivés à Bukavu il y a 6 ans, dès le début se sont intéressés aux enfants et jeunes en situation de rue. Leur premier projet avait comme objectif la diminution des enfants et jeunes en situation de rue, grâce à l’ouverture d’une école des métiers disponible à les accueillir gratuitement. Malgré les efforts fournis et les résultats obtenus, nous sommes obligés de constater que le nombre des enfants et jeunes en situation de rue ne cesse d’augmenter. Ce qui nous choque, c’est le fait de constater qu’aujourd’hui à Bukavu, à Goma, à Lubumbashi, à Kinshasa et dans d’autres villes en RD Congo il y a même des enfants tout petits, de moins de 15 ans et parfois de moins de 10 ans, garçons et filles, qui se retrouvent dans la rue, le jour comme la nuit. Il y a eu des recherches et des publications (entre autres du Travailleur Social du Centre Don Bosco-Bukavu, Bienvenu Karume), mais des actions concrètes pour éradiquer ce phénomène tardent encore à venir.

Nous pouvons constater un manque d’encadrement sur tous les plans. Nous sommes surtout frappés par la présence dans la rue de beaucoup de jeunes filles mineures, victimes de viol et exploitées dans la prostitution, condamnées à porter des grossesses indésirables. Leurs enfants sont destinés à augmenter indéfiniment le nombre des enfants de la rue et seront privés de tous les droits que notre société reconnait à tous les enfants. 

Malheureusement, la communauté semble s’être habituée et certains propos semblent considérer que c’est une situation normale partout dans les pays du monde, surtout dans les pays africains, sans imaginer les conséquences sur la vie de ces enfants et celle de la société dans l’avenir.

Les enfants n’ont aucune crainte de descendre dans la rue, rien ne leur interdit de gâcher leur vie n’importe comment, il n’y a pas d’actions concrètes pour les décourager ou les ramener à la maison.  On dirait que notre société facilite l’existence et la persistance du phénomène des enfants en situation de rue.

Avec ce contexte, un Forum a été organisé auquel ont pris part différents invités acteurs concernés par l’éducation des enfants en situation de rue. Le souhait a été celui d’arriver à former une plateforme de réflexion et d’action capable d’adresser un appel au gouvernement, garant de la nation, pour qu’il prenne en main ses responsabilités.

Le forum a été une occasion pour approfondir la problématique des enfants en situation de rue et pour inviter les acteurs et faiseurs d’opinions à s’impliquer davantage dans la recherche de solutions réalistes, étant donné que l’éducation est une affaire qui doit interpeler chaque citoyen.

Séance tenante du Forum

Pour approfondir l’idée de pouvoir éradiquer le phénomène Enfants en Situation de Rue et inviter les acteurs et les faiseurs d’opinion à apporter leur pierre à l’édifice, les Salésiens de Don Bosco de Bukavu sous l’initiative du travailleur social Bienvenu Karume, ont envisagé la tenue d’un forum regroupant les acteurs concernés par l’éducation de cette couche sociale abandonnée à son triste sort.

Les assises du forum se sont tenues du jeudi 06 et vendredi 07 mai 2021 dans la salle Concordia de l’Archevêché de Bukavu. Ce Forum a abouti à un plaidoyer en plateforme d’actions par des résolutions à soumettre au niveau provincial et national pour que ces enfants de la rue marginalisés retrouvent leur place dans un milieu digne et non dans la rue. Cela a été aussi un moment de charger les consciences des autres acteurs en vue de se laisser toucher par la situation qui frappe les enfants en situation de rue sous les yeux du gouvernement et de toutes la communauté.

Après le forum, il a été décidé que les résolutions entreprises doivent être soumises à qui de droit au niveau provincial, national et poursuivre le suivi.

Le Forum a été conduit sous l’organisation du Père Piero Gavioli Directeur du Centre Don Bosco Bukavu, avec la modération du Père Bernard UGEUX, pères blancs/missionnaires d’Afrique, par les deux Intervenants le Professeur Arnold Nyalume (Juriste) et le Professeur Philippe Kaganda (Sociologue).

Fait à Bukavu, le 31 05/2021

Bienvenu Karume

Coordo-BDE/Travailleur Social

Don Bosco-Bukavu


jeudi 29 juillet 2021

Talitha Kum : Lève-toi ! Les femmes consacrées sont engagées contre le trafic humain dans le monde (le 29 juillet 2021). cet article est aussi disponible sur le site (www.lavie.fr )


Le trafic humain est le troisième réseau mondial le plus important après le trafic des armes et celui de la drogue, explique Bernard Ugeux, père blanc. 

Par Bernard Ugeux

En 2009, il a été proposé de créer Talitha Kum comme Réseau international de la vie consacrée contre la traite humaine avec une représentante issue de l'UISG (L’Union internationale des Supérieures Générales).

À une tragédie globale, il fallait une réponse globale. L’UISG regroupe toutes les religieuses catholiques du monde, soit des dizaines de milliers de consacrées. Mais dans les pays francophones, qui a entendu parler du réseau mondial de Talitha Kum ?

« Aujourd'hui, nous déclarons que la compassion est la plus puissante force de changement, et nous nous unissons aux survivants pour prendre soins contre la traite des êtres humains ». Voici ce que déclare les religieuses de Talitha Kum à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite d’êtres humains du 30 juillet, Elles font écho à l’affirmation du pape François : « La traite des êtres humains est une plaie dans le corps de l’humanité contemporaine » (Discours aux participants à la conférence internationale sur la traite des personnes).

Elles poursuivent : « Nous ne resterons pas silencieux alors que des personnes dans tous les coins du monde souffrent à cause de la traite des êtres humains. »

Démanteler les systèmes qui permettent l'oppression

Qui est Talitha Kum ? C’est un réseau mondial de plus de trois mille sœurs catholiques et amis, unis dans leur engagement pour l’élimination de la traite des êtres humains. Alimentées par la puissance de leur engagement spirituel, elles ont aidé des dizaines de milliers de personnes à échapper aux chaînes de la traite et à trouver un chemin pour reconstruire des vies de liberté et de dignité.

Elles ajoutent : « Nous allons encore plus loin dans notre démarche d'assistance : nous visons à créer un changement durable et à long terme pour démanteler les systèmes qui permettent l'oppression et l'exploitation. Afin de relever ce défi mondial et de trouver des solutions systémiques, nous reconnaissons que nous devons travailler avec des organisations du secteur privé, des gouvernements, des ONG et de la société civile. »

À l'occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite d’êtres humains, elles demandent à leurs réseaux et à leurs partenaires de s'unir et d'amplifier leurs efforts pour transformer l'économie de la traite en une économie des soins qui donne à chacun, et en particulier aux femmes, les moyens de vivre dans des communautés sûres et prospères.

Prévention et sensibilisation

Il faut s'attaquer aux causes systémiques de la traite des êtres humains. Les gouvernements doivent s'engager à apporter un soutien à long terme aux survivants y compris une éducation de qualité, des permis de travail, l'accès à la justice et aux compensations, ainsi qu'une assistance médicale et psychosociale.

Talitha Kum est donc né du désir partagé de coordonner et renforcer les activités contre la traite promue par les femmes consacrées à travers les cinq continents. Ce projet lancé par des religieuses de l'Union Internationale des Supérieures Générales (UISG) collabore maintenant avec la branche masculine des congrégations et instituts de vie consacrée, l’ Union des Supérieurs Généraux (USG).

À part l’action de cette année à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite d’êtres humains, Talith Kam a comme objectifs : promouvoir le travail en réseau entre personnes consacrées et autres organisations sociales, religieuses et politiques au niveau national et international; renforcer les actions et les initiatives existantes, en optimisant les ressources de la vie consacrée pour promouvoir des actions de prévention, sensibilisation, protection, assistance et dénonciation de la traite; développer des programmes éducatifs de conscientisation sur ce phénomène; réaliser des actions prophétiques, en dénonçant les causes de l'exploitation de la vie pour des finalités économiques et la traite des personnes et en promouvant des campagnes pour le changement de mentalité et des habitudes.

Cela ne concerne donc pas seulement la dénonciation du trafic transfrontalier et transcontinental de personnes vulnérables, mais aussi tous les trafics internes tels que l’exploitation de mineures pour la prostitution, l’enlèvement d’esclaves sexuels par des groupes armés (comme en RD Congo) etc.

Soyons attentifs aux migrants que nous rencontrons autour de nous dont certains sont victimes de ce trafic mais n’osent pas appeler à l’aide par peur des représailles…

samedi 24 juillet 2021

Le Père missionnaire d'Afrique Bernard Ugeux a livré une interview aux journalistes du journal La Croix Africa sur la situation des filles victimes d’abus qui sont accompagné par le centre Nyota en RD Congo


Le centre Nyota, dans le diocèse de Bukavu, dans l’est de la RD-Congo, contribue à la formation et à l’éducation intégrale des jeunes filles, notamment celles marginalisées, ou victimes de violences sociales ou sexuelles.

Le père Bernard Ugeux, prêtre de la Société des Missionnaires d’Afrique (Pères blancs) explique à La Croix Africa l’importance de cette structure qu’il soutient depuis quelques années.

La Croix Africa : Pouvez-vous nous présenter brièvement le centre Nyota ?

Père Bernard Ugeux : Le centre a été créé en 1986 par les sœurs Dorothée de Cemmo en vue de contribuer à la formation et à l’éducation intégrale des jeunes filles, particulièrement celles qui sont abandonnées, marginalisées, ou victime de violences sociales ou sexuelles. Il accueille 250 jeunes filles et fillettes durant la journée, sur une durée de trois à cinq ans, afin de leur permettre de se reconstruire.

Ce centre a été pillé à l’occasion des guerres à répétition de l’est de la RDC, ce qui a poussé religieuses à partir. Ce sont des laïcs qui ont repris la mission de cette structure, en lien avec le diocèse. Le centre Nyota met en place une méthode d’accueil, de formation et de réintégration dans la société de ces victimes d’enlèvement, d’esclavage sexuel par des groupes armés, de prostitution de mineures, ou qui sont enfants en situation de rue, ou n’ayant reçu aucune scolarisation à cause de la pauvreté ou de l’insécurité.

Comment se font la prise en charge et l’accompagnement ?

B. U. : Ces jeunes filles sont amenées au centre par les paroisses, des personnes de bonne volonté, la police des mineurs, d’autres jeunes qui les ont rencontrées et sensibilisées. Elles ont en commun une très grande vulnérabilité et l’impossibilité économique et sociale d’être scolarisées. Elles sont prises en charge individuellement sur une durée de trois à cinq ans ou leur évolution est suivie de près par une équipe d’animation composée d’une quinzaine de personnes très dévouées. Durant les trois premières années, on les prépare au certificat d’école primaire. Parallèlement, une formation professionnelle est fournie (coupe et couture, petit commerce, cuisine, savonnerie). Certaines poursuivent pendant deux ans une professionnalisation en coupe et couture et présentent le jury national.

L’accompagnement est holistique : il est individualisé, il est communautaire grâce au climat de confiance et d’affection que fournit le centre. Il est psychologique par le suivi personnalisé mais aussi social par la réintégration progressive de la personne dans la société et les enfants sont dans leur famille ou des familles d’accueil. L’accompagnement est aussi économique par l’acquisition d’un savoir-faire qui permet une prise en charge économique. Il est également spirituel par la préparation aux sacrements pour celles qui sont catholiques, le centre étant ouvert à toutes les religions et confessions dans un respect des identités. Le centre vit essentiellement de dons, il est donc le produit d’une solidarité entre communautés chrétiennes.

Quelles leçons peut-on tirer de cette expérience ?

B. U. : Un grand nombre de ces jeunes filles ont été traumatisées et doivent passer par un processus de résilience qui consiste à retrouver une estime de soi, une autonomie affective et relationnelle, une confiance dans la société et une capacité de faire des projets. Celles qui ont vécu les violences les plus graves ont besoin de temps pour guérir de leurs blessures intérieures. D’où la durée de 3 à 5 ans de la prise en charge.

Apprendre un métier manuel les aide à se réconcilier avec leur corps qui a été profondément humilié et dévalorisé. Il n’est pas possible de fournir à toutes les victimes de traumatismes, dans nos régions ravagées par la violence, des thérapies individuelles par des professionnels, par manque de moyens et de compétences. Mais notre centre démontre que, grâce au dévouement du personnel et à l’approche holistique de la résilience, une réelle reconstruction est possible.

Les valeurs évangéliques sont vécues au quotidien dans la qualité des relations entre les jeunes et avec les formatrices. Comme beaucoup n’ont pas d’état civil, le centre finance les démarches juridiques nécessaires pour que toutes aient un acte de naissance qui leur permette de se prendre en main le jour où elles se lancent dans la vie avec leur projet personnel. Cela fait partie de l’approche holistique : transformer des victimes en citoyennes et en militantes de la paix et de la justice.

samedi 17 juillet 2021

Nouvelle Lettre de la Savane N°46 du juillet 2021

 


Chers amies, chers amis,

Je vous rejoins aujourd’hui en ce début d’été alors que vous commencez à jouir des allégements des restrictions concernant la covid 19. J’espère de tout cœur que vous avez ainsi l’occasion de renouer avec des personnes et des lieux qui vous sont chers ou qui vous ont manqué pendant les confinements. Je remercie chaleureusement, au nom de tous les bénéficiaires, celles et ceux qui ont profité de l’accumulation d’épargne qu’a permis la pandémie pour continuer à nous soutenir financièrement. Grâce à vous, malgré une situation économique très difficile, nos projets se poursuivent et de nombreuses jeunes filles sont prises en charge sur la durée et retrouvent le sourire et l’autonomie, avec un nouvel espoir pour l’avenir.

À propos de cette pandémie, les autorités sanitaires de la RDC mettent en garde contre une troisième vague du variant Delta, qui selon elles serait présent un peu partout dans le pays et provoquerait des engorgements d’hôpitaux. Nous ne constatons rien de cela dans notre ville de Bukavu et nous savons que c’est  également le cas dans beaucoup d’autres villes. Ici les populations sont convaincues que ces discours alarmistes ont pour but de faire entrer un supplément d’aide internationale que se partageront les responsables. Ici la vie se poursuit normalement comme s’il n’y avait pas de pandémie. Seules les personnes qui doivent prendre l’avion se font tester. Un épidémiologiste local considère qu’il existe déjà une immunité collective. J’ai cependant reçu les deux injections d’AstraZeneca.

Par contre, nous avons beaucoup d’autres préoccupations à la suite d’une série d’événements dont les conséquences se font sentir pour les populations. Le plus médiatisé est l’éruption du volcan Nyiragongo du 22 mai à Goma, sans signes avant-coureurs, à 100km au nord de Bukavu de l’autre côté du lac Kivu.

 

Heureusement l’éruption a été beaucoup moins grave que celle de 2002 et la lave s’est arrêtée à l’orée de la ville, alors que le magma se glissait sous la cité dans des failles qui l’ont amenée jusqu’au lac Kivu (qui est rempli de gaz méthane et risquait l’explosion). Dix-sept villages ont été touchés par cette coulée de lave détruisant sur son passage des habitations et des infrastructures. Trois structures de santé, une école primaire, un abattoir et des canalisations d’eau ont été affectés. Actuellement il existe encore des milliers de déplacés qui ne sont pas relogés, alors que la population a rejoint la ville une quinzaine de jours après l’éruption. Beaucoup se demandent où sont passées les aides internationales. Une partie des confrères de la ville avaient été évacués sur Bukavu ou au Rwanda. Il y a eu des dégâts limités dans notre paroisse. Le plus douloureux fut la panique provoquée par la décision du gouverneur d’évacuer la ville, en l’absence d’un plan alors qu’on s’attendait à ce que l’éruption se reproduise tôt ou tard. Les centaines de secousses sismiques par jour ont beaucoup traumatisé la population.

 

Une autre préoccupation majeure, c’est l’état de violence endémique dans laquelle baigne l’Est de notre pays, en proie à près de 120 groupes armés qui sèment dévastation et terreur sur leur passage, dans cette région frontalière avec l’Ouganda et le Rwanda. Le Président de la République a décidé l’état de siège pour deux provinces depuis le 6 mai. Deux mois après, malgré la reddition de quelques groupes armés, la situation est loin d’être stabilisée et l’état de siège vient d’être une fois de plus reconduit pour plusieurs semaines. Un événement nouveau qui nous inquiète est la pratique d’attentats à la bombe, qui ne s’étaient jamais présentés dans notre pays. L’un d’eux a eu lieu dans une église catholique le dimanche matin à Butembo alors que de nombreux fidèles étaient attendus pour l’eucharistie. Heureusement que la bombe s’est déclenchée accidentellement avant l’arrivée des paroissiens, ne blessant que deux dames chargées de l’entretien de l’église. Rétablir la paix dans une région qui depuis des décennies est livrée à des hordes de groupes mafieux entretenus et financés par de nombreux acteurs politiques et économiques, nationaux et internationaux, qui cherchent leur intérêt économique avant tout (terres, minéraux, hydrocarbures), est un défi que l’armée nationale, aidée des casques bleus, a beaucoup de mal à relever. Le Président a reconnu lui-même qu’il y avait des infiltrations d’éléments malveillants au sein de l’armée-même et tente de limiter les dégâts. Trop de gens ont intérêt à ce que l’Est du pays reste une zone de non-droit. Les violences contre les populations représentent pour nous un sujet d’inquiétude car ce sont elles qui nous amènent les victimes que nous accueillons dans notre centre.

 

Un autre souci de préoccupation est la banalisation des violences dans les quartiers de la ville de Bukavu qui sont mis à sac par des bandes armées. Celles-ci passent de maison en maison pour y ramasser tout ce qui existe comme valeurs ou comme argent, n’hésitant pas à s’attaquer à des gens très pauvres qui perdent ainsi le peu qu’ils ont pour survivre au quotidien. Le peu de réactions des forces de l’ordre donne à penser aux populations qu’il y a des complicités, et même des locations d’armes de guerre par ces bandes armées. J’ai reçu un certain nombre de personnes qui se sont retrouvées ainsi pratiquement à la rue, auxquelles je ne pouvais apporter qu’une aide limitée. Le fait que la jeunesse, qui représente la majorité de la population, n’ait aucun avenir professionnel, étant donné la quasi-absence de création d’emplois, pousse un certain nombre de jeunes désespérés à utiliser la violence pour se procurer des moyens pour vivre. Cela génère de l’insécurité dans les quartiers pendant la nuit.

Je ne veux cependant pas me limiter à une présentation purement négative de notre situation. En effet, tous les jours je suis témoin de très beaux gestes de solidarité, de partage, d’entraide provenant souvent des plus pauvres. Cela ne nous empêche donc pas de vivre notre vie quotidienne avec ses engagements, ses rencontres, ses événements joyeux ou tristes. Parmi les événements joyeux, je voudrais évoquer les trois célébrations de mon triple jubilé. Une première célébration a réuni tous les confrères de la ville pour rendre grâce pour les bontés du Seigneur et sa patience avec moi, dans mon engagement missionnaire et sacerdotal. Le 20 juin, je célébrais mes 45 ans d’ordination presbytérale. 

 

Mon cœur est rempli d’une profonde gratitude pour la fécondité de mon ministère, dont je suis bien conscient qu’elle ne vient pas de moi, et dont il m’est difficile d’évaluer la portée. Mais à l’occasion de ces célébrations, des témoignages m’ont profondément touché et encouragé à poursuivre sur le chemin du don de ma vie. J’avais pris comme devise pour mon ordination : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». La seconde célébration a été vécue au centre Nyota, soutenu depuis 10 ans par Germes d’espérance, et où je travaille en collaboration étroite avec l’équipe des animateurs qui sont d’un dévouement admirable. Cela été l’occasion pour les 250 enfants et jeunes filles vulnérables accueillis chaque jour pendant trois à cinq ans, de m’exprimer leur reconnaissance – qui va à vous toutes et tous, nos bienfaiteurs ! – et leur joie d’avoir retrouvé l’espérance.  Ici aussi, les témoignages ont été très émouvants. 

 

Enfin il y a eu une belle célébration festive au noviciat du Carmel où nous célébrons l’eucharistie tous les jours et avec qui j’ai créé des relations très profondes et fraternelle depuis 11 ans. Un tel triple jubilé (75 ans d’âge, 45 ans d’ordination, 50 ans de première arrivée au Congo) est une occasion pour moi de faire une relecture de ma vie sous le regard de Dieu et à la lumière des témoignages de personnes avec qui je vis ou j’ai vécu. C’est une source vive de lumière et d’encouragement à persévérer malgré le contexte si douloureux que nous vivons au quotidien. Je peux vraiment dire que le Seigneur fit pour moi des merveilles, je me sens profondément privilégié, et heureux de voir cette moisson. J’ai répondu à une question qui m’a été posée : « oui, si c’était à refaire, je suis prêt à recommencer, dans la confiance »

Bien amicalement à toutes et à tous, 

Nous prions chaque jour pour nos bienfaiteurs. Bernard

RAPPEL D’UNE INVITATION

Comme je viens de le rappeler, pour moi l’année 2021 est particulière. 

Le 19 mai, j’ai eu 75 ans,

 le 20 juin, j’ai célébré mes 45 ans d’ordination presbytérale  et début septembre, cela fera 50 ans depuis mes premiers pas en Afrique centrale. 

C’est l’occasion de rendre grâce et de célébrer la vie.  

Si la pandémie le permet, 

le samedi 11 septembre 2021, il y aura une fête chez mes amis 

Michèle et Philippe Nouvellon, à Parisot (Tarn) 

Voici leur numéro, si vous voulez des précisions ou aider à préparer : +33

6 20 60 03 82. 



Situation humanitaire à l’Est de la RDC, des milliers des victimes prennent refuges au Burundi.

Source photo : mediacongo.net Guerre dans l’Est de la RDC, plus des 17 853 victimes venant d’Uvira, Walungu, Bukavu, Sake, Kamanyola, Minova...