mardi 21 juin 2022

Journée de l'enfant Africain, une manifestation organisée par Ek'Abana et Tapori

 

Sud-Kivu, ce dimanche 19 juin 2022, le Foyer Ek’Abana en collaboration avec le mouvement TAPORI (ATD quart monde) a organisé une journée de manifestation en faveur de l’enfants Africain célébrée chaque le 16 juin.

A cette activité, plusieurs enfants venus des différentes parties de la Ville de Bukavu ont exprimé leurs désirs et lancés l’appel au respect de leurs droits par tous à travers les poèmes, danses, théâtres etc.

Reportage de Destin Byandike

vendredi 20 mai 2022

LA PROVINCE DU SUD-KIVU FACE A LA RECRUDESCENCE DES PHÉNOMÈNES CLIMATIQUES : CAS DE LA VILLE DE BUKAVU (EXTRAIT DU JOURNAL KARIBU N°46-47 /2022)

 

La Province du Sud-Kivu, à l'instar d'autres Provinces de la République Démocratique du Congo se voit confrontée depuis de longues années à des phénomènes parfois extrêmes, difficiles à bien discerner par la grande majorité de la population.

En effet, d'une manière globale, le climat au sein de notre province était stable d'un côté. D'autre part, l'alternance entre les saisons était bien respectée, en ce sens qu'à partir du mois de septembre, la saison pluvieuse se manifestait et ce jusqu’au mois de mai, elle s'arrêtait pour céder la place à la saison sèche qui à son tour, débutait au mois de Juin, se poursuivait en juillet, pour s'arrêter vers la fin du mois d'août. Cependant, il y a quelques années, l'opinion observait que la saison pluvieuse se prolongeait, ou encore, la saison sèche, continuait au-delà du mois d'août. Pendant ce temps, la pluie tombait sur l'étendue de la province sans se faire accompagner des tempêtes, des orages, des inondations, des grêles intempestives, etc... La saison sèche quant à elle, présentait des journées ensoleillées, mais le soir, la chaleur diminuait au fur à mesure, sans impacter négativement sur l'agriculture, la santé, la biodiversité, etc..

Pourquoi devons-nous parler d'un dérèglement climatique au Sud-Kivu ? Ici, notre réaction est tout à fait claire. Les perturbations climatiques ont eu des impacts très négatifs sur la vie des populations de notre province. Le secteur agricole est sérieusement menacés car, l'abondance des pluies diluviennes endommage les culture en les faisant pourrir. La sécheresse prolongée à son tour assèche les cultures, les sources d'eau et notamment la nappe aquifère, détruit la biodiversité, créé des canicules diurnes et nocturnes, etc...

Faisant face à toutes ces situations, quelles peuvent en être les causes ?

La première chose que nous devons retenir, c'est le fait qu'un acte de destruction ou de dégradation d'un élément  l'effet du système qui vivait en interaction, a des conséquences qui vont au delà du milieu auquel la destruction venait de se produire.

   


                                                                             

En effet, les experts ainsi que les acteurs du domaine de l'environnement ont observé passivement la destruction des écosystèmes forestiers ici en province, sans penser aux impacts.

Par ailleurs, il est impérieux de rappeler que la déforestation entraîne des conséquences très désastreuses, parmi lesquelles nous soulignons l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, laquelle serait sensiblement réduite par l'existence de l'écosystème forestier stable de la province.

Comme conséquence, la population sud-Kivutienne assiste passivement à des phénomènes climatiques atroces, auxquels elle présente la vulnérabilité. Parmi ces impacts, le Sud-Kivu connait la recrudescence des inondations, des éboulements, des érosions et affaissements des sols. Notez aussi que la présence des insectes ravageurs de l'agriculture sévit dans certains territoires, les maladies et les épidémies menacent les populations, etc. Que faudra-t-il faire ?

La population du Sud-Kivu est appelée à mettre en place les mécanismes d'adaptation, d'atténuation, mais notamment ceux de résilience en vue de faire face à ces phénomènes dévastateurs.

Parmi ces mécanismes, nous suggérons, le reboisement et ou la reforestation des espaces ou des sites détruits et dégradés

-La promotion des énergies renouvelables, propres et durables, telles que : les briquettes issues de biomasses, les énergies solaires, le gaz, le biogaz, etc.....

- La promotion des foyers améliorés

-L'utilisation des méthodes culturales adaptées

-L’abandon total de l'utilisation des énergies fossiles

-L'adoption des eco-gestes comme mode de vie

Nous estimons qu'avec ce schéma, la province du Sud-Kivu et sa population pourrait encore créer sa résilience face aux phénomènes climatiques extrêmes.

 

NB. Vous pouvez recevoir la totalité du journal KARIBU en écrivant sur : ouedraogomichelsenior@gmail.com 

jeudi 5 mai 2022

LE GAZ METHANE DANS LE LAC KIVU, UN DANGER POUR LA POPULATION

Le gaz méthane est une ressource se trouvant dans le lac Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo et à l’Ouest du Rwanda pays voisin du Congo. Il représente aujourd’hui un danger permanent pour la population vivant au Sud et au Nord-Kivu en RDC, au Rwanda, une partie de l’Ouganda et la moitié du Burundi. Il est aussi une grande ressource énergétique très importante dans la mesure où on l’exploite d’une manière bénéfique pour ces 4 pays en général et la population riveraine en particulier.

Le grand danger que présente ce gaz est le fait qu’à quelque kilomètre du lac, se trouve le volcan Nyirangongo. Certains chercheurs estiment que si jamais le volcan crée un canal souterrain dans le lac, cela provoquerait l’explosion gazeuse dans cette partie de la région.

Le Rwanda pays voisin de la RDC, a commencé depuis 2016 à exploiter cette ressource avec le partenariat de Kivuwatt qui est piloté par la société américaine « ContourGlobal ».  Cela représente un pas à encourager parce que non seulement cela contribue à la création d’emplois pour des jeunes, au renforcement de l’économie de ce pays, mais aussi à la diminution des risques que présente cette ressource.

Plus de deux millions de personnes seraient en danger en cas d’explosion du gaz. La ville de Bukavu avec certains villages des territoires d’Idjwi, Kalehe et Kabare, la ville de Goma, le Rwanda, seraient les premiers victimes de cet enjeu dangereux du fait que la population vit aux alentours du Lac.

Pour la RDC, en janvier 2020, l'ancien ministre national des Hydrocarbures, Rubens Mikindo, avait lancé un projet d'évacuation du gaz carbonique et du méthane contenu dans le lac, le méthane pouvant alors être utilisé pour produire de l'électricité, mais jusqu’à présent, rien n’a été fait.

Une société tunisienne a même été recrutée pour l'exécution du projet mais le problème des autorisations s'est posé lors de la signature du contrat car il fallait avoir en même temps l'autorisation d'exploitation du gaz méthane (qui relève du ministère national des hydrocarbures) et l'autorisation de production d'électricité (qui relève du ministère de l'énergie et des ressources hydrauliques)"

On connaît les émanations de ces gaz qui ont déjà causé la mort de bétail dans certains quartiers à l'ouest de Goma. Deux ans plus tard et alors que ce projet n'a pas avancé, le ministère provincial en charge des ressources hydrauliques, de l'énergie et des hydrocarbures au Nord-Kivu évoque des soucis administratifs mais il affirme que l'exploitation pourrait démarrer sous peu.

En en croire plusieurs activistes de droits de l’homme, l’exploitation du gaz dans le lac Kivu devrait se faire par une collaboration bilatérale entre le Congo et le Rwanda, afin d’apporter des solutions durables et une assurance à la population qui reste avec la peur au ventre ne sachant ni le jour ni l’heure où le pire peut arriver.

Pourtant, les habitants de Goma et Bukavu continuent à critiquer le manque d'information concernant le dégazage du lac Kivu. Le fond du lac contient en effet d'importantes quantités de gaz toxiques qui, en cas de tremblement de terre ou d'éruption volcanique, risquent de s'échapper. Un danger justement redouté lors de l'éruption du Nyiragongo en mai 2021.

La société civile Congolaise dénonce le blocage de ce projet qui, selon elle, est la conséquence de la mauvaise gestion, voire de la corruption, de la part des autorités de régulation du secteur des hydrocarbures au Congo.

Alors que l'exploitation et la transformation du gaz méthane n'a pas encore commencé, une petite unité est en service au niveau du golfe de Kabuno pour réduire la menace du dioxyde de carbone autour du lac Kivu. Mais cela ne suffit pas vu l’ampleur des menaces que présente cet enjeu.

Bref, une telle concentration de gaz au Lac Kivu est problématique, car elle pourrait servir de détonateur pour une éruption limnique, caractérisée par le dégazage brutal du lac qui relarguerait alors les couches de gaz amassé durant des années. En pareilles circonstances, les conséquences humaines peuvent en être dramatiques.

Rappelons qu’en 1986, le gaz libéré par le lac Nyos, au Cameroun, avait ainsi tué par asphyxie plus de 1 700 personnes, dans un périmètre de 25 kilomètres. Deux ans auparavant, toujours au Cameroun, un phénomène semblable, survenu aux abords du lac Monoun, s’était soldé par 37 décès. Or, le Kivu contient mille fois plus de gaz que le Nyos, tout en se situant dans une région très fortement densifiée, où vivent plus de deux millions de personnes. Et comme la concentration du gaz augmente au fil des ans, la possibilité d’une éruption limnique s’accroît, mécaniquement. Cité par l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Présentation de Destin BYANDIKE


lundi 2 mai 2022

Nouvelle lettre de la Savane N°49 d'avril 2022

 

Chers amies, chers amis,

En ce temps pascal, je souhaite à tous ceux et celles pour qui cela a un sens une belle fête de la résurrection. Croire que la mort n’a pas le dernier mot dans notre vie est source d’une grande espérance alors qu’autour de nous il est si souvent question de violence et de massacres. Que cette espérance nous aide à regarder l’avenir avec confiance malgré tous les soubresauts de notre monde aujourd’hui.

Comme vous certainement, je suis très touché par l’horreur de ce qui se passe en Ukraine et qui mobilise les médias. Nous pensions que ce genre de guerre n’existerait plus en Europe, et voilà qu’un seul homme déséquilibre presque tous les repères de notre planète, alors que l’épidémie de Covid nous avait déjà renvoyé à nos fragilités.  Avec le risque d’oublier les autres lieux du monde, comme notre pays, où les déplacés se comptent par millions et où il n’est pas possible de dénombrer les morts et les victimes de violence.

Que ce soit ici ou là, ce qui pour moi reste une raison d’espérer, c’est l’extraordinaire mobilisation de compassion et de solidarité que provoque chaque drame dans notre monde.

                                      

Partout et toujours, il y a des personnes qui donnent le meilleur d’elle-même quand elles en voient d’autres souffrir autour d’elles. Je me dis souvent : « tu as reçu gratuitement donne gratuitement ». Et vous en faites partie, vous qui continuez à nous soutenir, alors que vous êtes tellement sollicités, conscient(e)s que sans votre soutien, ces centaines de victimes que nous accueillons chaque année n’auraient pas d’avenir. Vous savez à quel point nous vous en sommes reconnaissants. Vous trouverez ci-dessous le lien vers une vidéo que nous avons produite -avec les moyens du bord – pour partager le témoignage de personnes accueillies et d’animateurs du centre Nyota.

Cette année encore, j’ai eu l’occasion de célébrer la Semaine sainte avec des jeunes universitaires dans le cadre d’une retraite de trois jours. J’ai été frappé une fois de plus par le sérieux de leur engagement. Dès l’arrivée, chacun remet son smartphone aux animateurs qui leur restituent à la fin de la vigile pascale. C’est alors l’immersion dans un grand silence où alternent chaque jour deux conférences et la célébration du jour, avec des temps de prière personnelle et quelques carrefours. Les célébrations bien préparées par la chorale et l’équipe liturgique sont des temps forts où je m’inspire d’apports nouveaux pour eux comme la vénération de la croix dans la tradition de Taizé ou l’annonce de la résurrection par trois jeunes femmes, comme dans les évangiles, inspirée par la Conférence des Catholiques de France.



Sur les quarante-six participants, garçons et filles, j’en ai reçu trente qui souhaitaient avoir un contact personnel avec moi. Ce fut l’occasion pour moi de les rejoindre dans un quotidien très difficile. Beaucoup ont de sérieux problèmes familiaux. Certains n’arrivent qu’à grand-peine à assurer les frais académiques, sans parler du coût des vêtements, de la nourriture, des déplacements et les fournitures diverses.

Je suis impressionné par leur courage et leur détermination, alors qu’ils ne se font pas d’illusions quant à la possibilité de trouver du travail quand ils seront diplômés, étant donné qu’il n’existe pratiquement pas de création d’emplois dans cet immense pays au potentiel illimité, dont les richesses sont accaparées par quelques-uns ou exportées.

Au centre Nyota de Bukavu ainsi qu’à l’école de menuiserie de Kamituga, les activités de formation et de réinsertion se poursuivent normalement malgré une forte augmentation du coût de la vie, particulièrement en ce qui concerne les transports. Soulignons quatre activités récentes : l’apport de repas protéinés à une cinquantaine de filles accueillies qui souffrent de grave malnutrition, le développement de la formation à l’éducation à la paix proposée aux jeunes volontaires afin que, de retour dans leur milieu, elles qui ont tellement souffert de la violence, deviennent des médiatrices de paix. La poursuite des démarches administratives pour obtenir une attestation de naissance pour une cinquantaine de filles cette année, qui n’ont aucune pièce d’identité.

Et enfin, la création d’une unité de production artisanale de savon nous permet de former des jeunes à cet artisanat en complément aux autres formations professionnelles qu’elles reçoivent durant les trois à cinq ans qu’elles passent dans notre maison. Je rappelle que chaque année elles sont au nombre de 250 minimum, en externat. Inutile de préciser que sans votre soutien aucune de ces activités ne serait possible en plus des frais de salaires et de fonctionnement.


Peut-être avez-vous entendu parler des coups d’état successifs dans plusieurs pays du Sahel (Guinée, Mali, Burkina Faso). Ceux-ci ont entraîné l’expulsion du Mali des troupes françaises de l’opération Barkhane. Les populations de ces pays ont développé un rejet des troupes européennes à qui elle reproche d’être inefficaces depuis de nombreuses années et de rechercher leurs propres intérêts économiques. Cela est évidemment très mal perçu par les pays européens, qui oublient souvent qu’ils sont d’anciens Etats colonisateurs. Le pillage des matières premières par les multinationales occidentales qui se poursuit sans vergogne avec souvent le soutien de leurs Etats entraîne un rejet de l’Occident et parfois du Blanc, qu’on ne comprend pas vu de loin. Les Occidentaux disent : « nous venons les aider et ils nous rejettent ». On ne peut nier que leur présence peut s’expliquer par des demandes de certains gouvernements africains et qu’elle a pu, à certains moments, éviter un renversement violent de régime. Mais le fait que cette présence s’est installée alors que les gouvernements changent sur place entraîne des soupçons. Au point de préférer faire appel aujourd’hui à des troupes (ou des mercenaires) russes, au Mali ou au Cameroun par exemple, dont la réputation de brutalité n’est pas à prouver. Les Occidentaux le vivent d’autant moins bien qu’on découvre comment ces troupes se conduisent actuellement en Ukraine. Mais ce rejet devrait nous encourager à un certain examen de conscience concernant une forme de paternalisme militaire – du moins c’est comme cela que c’est perçu – qui provoque des méfiances dont nous-mêmes qui vivons sur le terrain depuis très longtemps faisons parfois les frais. Sur le plan économique, l’exportation quasi systématique de matières premières à l’état brut (minerais ou forêt) sans aucune transformation locale est perçue comme une forme de prolongation du colonialisme. Créer des entreprises de transformation de ces produits permettrait la création de milliers d’emplois locaux. Il y a suffisamment de diplômés compétents en Afrique et de jeunes prêts à être formés.


Certains gouvernements africains comme des multinationales occidentales et asiatiques sont complices de ce pillage dont ils sont les principaux bénéficiaires. On l’a déjà dit : si l’on payait à leur juste valeur les « terres rares » dont sont composés nos smartphones, nous devrions payer 20% de plus que les prix écrasés actuels. Vous avez peut-être eu l’occasion de voir le documentaire belge « Du sang dans nos portables » qui décrit dans quelles conditions ces minerais sont extraits par des enfants exploités en RDC.

Quant à moi, je m’adapte bien dans la communauté de formation dont je fais partie depuis le 2 février. J’apprécie beaucoup l’esprit de la maison et le dynamisme des vingt-quatre jeunes en formation. Ils passent trois ans ici, pour s’initier à la vie spirituelle, communautaire, apostolique et missionnaire, et recevoir une formation universitaire en philosophie et en sciences humaines. Ils ont aussi divers engagements apostoliques dans des lieux de « périphérie » auprès des plus démunis.


Je devrais enseigner ici l’an prochain. Je suis encore engagé dans quelques formations permanentes et poursuis mon engagement dans mes projets humanitaires et caritatifs que vous supportez vaillamment.

Enfin, notre pays se prépare à accuellir le Pape François au mois de juillet. C’est une source de joie et d’espérance dans ce pays si largement catholique (40 %) et si meurtri par les affrontements armés et les éruptions volcaniques.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sera un grand temps de célébration fraternelle où l’Eglise locale attend une confirmation de ses engagements au service du peuple congolais.

Nous espérons que tout se passera dans le calme, étant donné qu’il viendra aussi près de chez nous (à Goma, de l’autre côté du lac Kivu) dans une province en état de siège.

Je vous quitte en vous envoyant les amitiés reconnaissantes de mes divers collaborateurs ainsi que de tous ceux et celles qui retrouvent le sourire grâce à votre solidarité priante et financière.

Bernard Ugeux M.Afr.

Lien pour visionner notre nouvelle vidéo avec des témoignages des jeunes filles du Centre Nyota. https://youtu.be/m-2Ztz7Q06g



 




jeudi 17 mars 2022

FETE DE LA FEMME AU CENTRE NYOTA 2022

 

Sud-Kivu, ce samedi 12 mars 2021, le centre Nyota de l’Archidiocèse de Bukavu qui accompagne et accueille chaque année 250 filles victimes de différentes formes de violence, a organisé une fête de la femme afin de leur permettre de s’exprimer sur leurs droits.  Pendant les manifestations culturelles, les filles de ce centre ont présenté des danses, du théâtre, des poèmes etc. particulièrement autour du thème de la paix et des droits des femmes. Pour la Directrice du Centre Madame Noëlla KADAY, les activités culturelles organisées en cette circonstance aident ces filles à dépasser certaines difficultés qu’elles ont traversées dans leur vie et facilitent un travail de résilience. .

Merci de suivre en bref la vidéo de cette activité sur ce lien : https://youtu.be/s2ven8b2AnY

Reportage de Destin Byandike.


mercredi 16 mars 2022

Les évêques congolais attendent la visite de François début juillet 2022


En prévoyan
t de se rendre dans la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud en juillet 2022, le pape a une nouvelle fois privilégié les peuples les plus désavantagés de la planète. Le regard de Bernard Ugeux, père blanc qui vit en Afrique sub-saharienne depuis des années.

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » : c’est par ces mots que les évêques de la Conférence de la République démocratique du Congo ont accueilli l'annonce du Vatican, faite le 3 mars, d'une visite prochaine du pape François dans leur pays en juillet 2022. Il passera par Kinshasa (la capitale) et Goma (ville en état de siège dans l’est du pays).

La République démocratique du Congo est le deuxième État le plus vaste du continent africain et 40 % de ses 90 millions d’habitants sont catholiques. Le centre et surtout l’est sont en proie depuis plusieurs décennies à une instabilité propice à la prolifération de groupes armés. On en compte actuellement 120 qui sévissent dans l’est du pays, bordé par le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Leurs exactions ont déjà entraîné plus d’un million de déplacés et des dizaines de milliers de morts en une vingtaine d’années.

Une des raisons de leur existence est l’extraordinaire richesse du sous-sol et des forêts du pays. C’est un des pays les plus riches d’Afrique en minerais stratégiques et terres rares dont l’exploitation apporte peu d’avantages à une population sans ressources et exsangue. Les bénéfices ne profitent qu’à un nombre restreint de nationaux et d’expatriés (dont les multinationales occidentales et asiatiques).

Cette paupérisation a été précédée par des troubles dramatiques durant les années 1990 qui ont entraîné plusieurs centaines de milliers de morts. Le rapport Mapping, de l’Onu, de 2010, qui documente ces massacres pour l’époque de 1993 à 2003, est resté lettre morte jusqu’à présent.

Dans les pas de Jean Paul II

Durant sa visite de consolation et d’encouragement, François s’inscrira dans les pas de saint Jean Paul II, qui s’y était rendu à deux reprises, d’abord en 1980 puis en 1985.

Selon le site Vatican News, l’évêque de Goma Willy Ngumbi souligne que la visite du Saint-Père sera un signe de réconfort, de paix et d’encouragement pour l’est de la République démocratique du Congo qui souffre non seulement de l’insécurité, due aussi aux conflits territoriaux, mais aussi de catastrophes naturelles. Il fait allusion à l’éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021, avec des conséquences désastreuses.

« Nous sommes dans une situation où nous avons besoin d’une parole de consolation, de réconciliation, de paix et de fraternité », affirme-t-il, soulignant que cette visite est attendue avec joie par une population qui a besoin de signes d’espérance (il existe des déplacés du volcan qui ne sont pas encore relogés). « Que l’on voie que le Saint-Père vient parce qu’il a de la compassion pour nous, qu’il connaît notre situation ; car c’est un amour de Père qui l’anime. Que sa visite nous aide à nous réconcilier entre nous, afin de travailler ensemble à restaurer la justice sociale, la paix et la charité », souhaite l’évêque de Goma.

Raviver l’espérance des Congolais

Le pape François est très apprécié dans le pays car il est abondamment intervenu à propos de la situation douloureuse du pays, que ce soit sur les violences locales ou l’éruption du volcan près de Goma, comme le souligne la lettre de bienvenue de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco).

Les Congolaises sont d’autant plus sensibles à la venue du Saint-Père qu’elles sont des dizaines de milliers dans l’est du pays à avoir été victimes de violences fondées sur le genre. Le viol est utilisé comme une arme de guerre, comme le rappelle régulièrement le Dr Mukwege, prix Nobel de la paix, qui opère les victimes à Bukavu, au sud du lac Kivu. L’Église catholique est aussi engagée dans l’accueil et la réintégration des victimes de ces violences, dont personne ne parle plus dans les médias.

Selon les évêques de la Cenco, « le Saint-Père vient donc à nous en bon berger qui ne veut perdre aucune de ses brebis. II vient raffermir les fidèles catholiques dans la foi des apôtres, réconforter ses frères dans l’épiscopat, partager nos joies et nos peines, et raviver l’espérance du peuple congolais meurtri par les tribulations de toutes sortes. II vient sans doute nous prêcher la joie de l'Évangile. »

B.Ugeux sur  www.lavie.fr 

mardi 8 mars 2022

Interview du Père Bernard Ugeux faite ce mercredi 03 mars 2021 sur les filles victimes de violences sociales au Sud-Kivu. (08 mars 2022)

 


Le centre Nyota, de l’Archidiocèse de Bukavu se trouvant à l’Est de la R.D Congo contribue jusqu’aujourd’hui à la formation et à l’éducation intégrale des jeunes filles, surtout celles marginalisées, ou victimes de violences sociales.

Q. Père Bernard Ugeux, est ce que vous pouvez nous expliquer en bref votre parcours ici en Afrique ?

R. Merci beaucoup. Je suis arrivé au Congo il y a déjà 50 ans mais je n’y suis pas resté tout le temps néanmoins, maintenant cela fait déjà 30 ans que je suis permanent en Afrique, et la dernière fois que j’y suis revenu, c’est il y a 12 ans, comme responsable de la formation permanente pour les consacrés. J’ai voulu m’investir également au service des plus fragiles et des plus pauvres, et donc c’est comme cela que j’ai pris des contacts pour savoir quels étaient les besoins ici à Bukavu.  J’ai alors découvert le Centre Nyota qui avait vraiment besoin d’un important soutien.

 

Q. Est-ce que vous pouvez nous parler du Centre Nyota et du travail que vous y faites ?

R. Quand je suis arrivé à Bukavu, j’ai découvert le Centre Nyota, qui était déjà créé depuis plusieurs d’années par les sœurs Dorothée de Cemo, qui avaient dû quitter à cause de la guerre. J’ai découvert qu’il y avait un travail important qui s’y faisait, parce qu’on accueille des jeunes filles en situation de grande vulnérabilité. On y reçoit chaque année 250 filles qui restent de 3 à 5 ans, en externat. J’ai cherché dans quelle mesure je pouvais les aider. Or, quand j’ai quitté Toulouse il y a 12 ans, un réseau d’amis m’a dit, « on est avec toi pour t’accompagner si tu rencontres des besoins ».  Quand j’ai découvert ce centre, j’ai vu qu’il y avait de grands besoins, d’abord matériels et financiers ! Comme le travail qui s’y fait est de grande valeur, j’ai demandé à mes amis de nous aider, et c’est alors que nous avons créé le réseau « Germes d’Espérance ».  Dès lors, le réseau a commencé à financer le centre. Jusqu’aujourd’hui, et il en reçoit le financement au complet de ses frais de fonctionnement.

 

Q. Par rapport au Centre, est ce que vous voyez qu’il y a une suite favorable au travail que vous faite ?

R. Ce qui me frappe, c’est le fait que, comme le financement est devenu régulier et ajusté, le personnel aussi est devenu stable. Maintenant, il y a une équipe présente depuis de nombreuses années qui travaille bien ensemble. Les membres du personnel se connaissent entre eux et cela favorise la collaboration dans le milieu de travail. Là, je m’occupe de la formation continue, surtout à travers la formation spirituelle et également une formation à l’écoute et l’accueil des personnes traumatisées, etc. En dehors de ce travail au centre Nyota, j’assure des accueils individuels, de personnes victimes de traumatisme, entre autre basées sur les violences sexuelles. Cette expérience, je la transmets aussi, pour que l’équipe de Nyota puisse en profiter afin de bien accueillir les filles qui viennent et qui sont majoritairement très vulnérables.

 

Q. Est-ce que vous trouvez que cette équipe accompagne favorablement ces filles afin qu’elles aient un avenir meilleur ?

R. Il est clair que plus les animateurs et enseignants du Centre Nyota traitent des cas difficiles, plus ils améliorent leur travail. Ce qui est intéressant, c’est que plusieurs personnes qui y travaillent, y ont été elles-mêmes élèves, et y ont été aidées à se reconstruire à la suite des difficultés qu’elles ont connues. Ce sont des gens qui connaissent bien le terrain et qui ont beaucoup d’expérience, la majorité d’entre elles sont des mères des familles nombreuses, et il y a aussi une religieuse formée à l’accompagnement des personnes traumatisées etc. Je constate qu’il y a de très bon résultats, non seulement au niveau scolaire, où les filles ont de bons résultats pour les différents jurys qu’elles passent, mais aussi sur le plan moral. Quand on fait le tour des classes ou quand on les rencontre, on voit leur dynamisme et leur joie de vivre. Car ces filles ont retrouvé confiance en elles-mêmes, rien que, déjà,  par le fait de porter un uniforme scolaire, alors qu’elles étaient dans la rue ou traitées comme des prostituées, par exemple. C’est socialement un changement important, et cela favorise une vraie résilience ! On peut dire qu’il y a un magnifique travail de résilience qui se fait, et la plupart de ses filles, quand elles reviennent dans la vie courante, sont en capacité de s’assumer.

 

Q. Est-ce que vous estimez que les familles de ses enfants prennent en considération les formations que font ses filles ?

R. D’abord, il faut savoir qu’un certain nombre des filles n’ont plus de contact avec leurs familles.  Mais pour celles qui restent dans leurs familles, celles-ci apprécient qu’elles aient l’occasion d’étudier gratuitement, parce qu’un grand nombre d’élèves, ici à Bukavu, sont chassés de l’école parce qu’ils ne peuvent pas payer les frais scolaires, malgré toutes les promesses de gratuité du gouvernement. C’est déjà un grand soulagement pour les parents de voir leurs filles recevoir de trois à cinq ans de formation gratuite, ce qui est assez exceptionnel. Il n’y a pas d’autre organisme qui travaille dans de telles conditions dans notre ville.  En outre, une fois que les filles retournent dans la vie, après s’être reconstruite et ayant obtenu leur diplôme, elles prennent en charge leur famille. De nombreuses filles ont commencé un petit atelier ou une cuisine, et maintenant, elles assurent les ressources financières de leur famille ; donc c’est très apprécié par les parents.

 

Q. A part le financement que vous donnez au centre Nyota à travers Germes d’Esperance, est ce qu’il y a d’autres canaux qui peuvent aider ce centre à votre absence ?

R. Je ne sais pas ce que sera le centre dans l’avenir, mais j’ai pris contact avec des associations et des fondations pour leurs demander si elles peuvent prévoir de mettre de côté une somme d’argent qui ferait que, même si je devais arrêter de le soutenir pour des raisons de santé ou autre, il y ait quand même une certaine pérennisation du projet. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que comme ce centre a été fondé par les Sœurs de Cemo, il dépend du Diocèse de Bukavu (à qui les locaux appartiennent), en outre, il est reconnu par l’Etat congolais (qui n’apporte aucune aide). Comme pour le moment nous prenons en charge les frais de fonctionnement, le Diocèse nous fait confiance. Le jour où nous n’y arriveront plus, le Diocèse avisera.

 

Q. Merci beaucoup, on ne sait pas s’il y a un ajout par rapport à tout ce que vous nous expliquer !

R.. Je suis très reconnaissant pour les gens qui nous soutiennent depuis douze ans avec leur propre argent.  Ils continuent à se sentir concernés, alors qu’ils reçoivent beaucoup d’autres demandes.  Il y a énormément des souffrances et de problèmes dans notre monde, mais nos bienfaiteurs sont fidèles. Il y a aussi des monastères, des moniales, des moines, en RDC et à l’étranger, ainsi que d’autre personnes, qui prient pour nous. Pour moi, c’est aussi très important en plus des soutiens moraux, financiers ! C’est une œuvre d’Eglise, aux moyens très limités, qui dépend de la Providence. Nous recevons ces divers soutiens avec une grande reconnaissance auprès de tous ceux qui pensent à nous. Ils savent aussi que pas un centime n’est détourné des destinataires et ils reçoivent des rapports d’activité et des comptes détaillés, c’est ce qui entretient la confiance entre nous.

Merci de suivre la vidéo.

Interview de Bernard Ugeux faite sur les filles victimes de violences sociales - YouTube

Destin Byandike


Situation humanitaire à l’Est de la RDC, des milliers des victimes prennent refuges au Burundi.

Source photo : mediacongo.net Guerre dans l’Est de la RDC, plus des 17 853 victimes venant d’Uvira, Walungu, Bukavu, Sake, Kamanyola, Minova...