jeudi 8 avril 2021

Sud-kivu, une retraite s'est organisée à Nyangezi avec les jeunes ( avril 2021).

 

    J’ai animé une retraite pascale pour une bonne trentaine d'étudiants universitaires du Mouvement Marial dans un site entouré d'une chaîne de montagnes, chez des frères Maristes. Étant entre nous, nous avons pu introduire un certain nombre de gestes, entre autres inspirés de Taizé (la croix sur le sol), qui les ont beaucoup touchés et parfois même bouleversés. Le thème de l'enseignement était l'encyclique du pape Fratelli tutti, « Tous frères et sœurs ». L'investissement de ces jeunes, la belle préparation, entre autres, des célébrations, l'explosion de joie au cœur de la nuit pascale après une prière de guérison qui clôturait le rituel de bénédiction de l'eau baptismale, tout cela m'a réjoui. Le dimanche de Pâques, avant le début de l’eucharistie, trois jeunes femmes ont, comme dans les évangiles, annoncé la résurrection du Christ aux apôtres. A chacune et chacun des participants, elles ont proclamé avec une grande joie : « j’ai vu le Seigneur ». On oublie trop souvent que c’est à elles que Jésus a d’abord confié cette bonne nouvelle.

A la fin de la retraite, je les ai sentis remontés au moment de revenir à Bukavu. Pour un certain nombre d'entre eux et d’entre elles, c'est une véritable galère pour trouver l'argent pour payer leurs études ou envisager de se fiancer ou commencer un ménage. En effet, il n’existe aucune création d’emploi dans la région. Je suis très touché par leur courage et leur moral à travers tout. Même si certains sont inquiets pour leur avenir

P. Bernard Ugeux

jeudi 25 mars 2021

Journée internationale de la femme au centre Nyota/Sud-Kivu (le 25 mars 2021)

 

SUD-KIVU, à l’occasion du mois de la femme.


Le centre Nyota qui contribue à promouvoir la femme et son épanouissement à travers un encadrement des filles dans différentes formations professionnelles pour leur autonomie, a organisé ce mercredi 17 mars 2021, une fête de la femme avec les encadreurs et apprenant de ce centre.

mardi 23 mars 2021

Billet sur le COBALT AFRICAIN, (23 mars 2021)



Quand les voitures électriques lorgnent vers le cobalt africain, des enfants en font les frais.

Le fait qu’une proportion importante de cobalt soit produite artisanalement par des enfants dans des conditions toxiques oblige à s’interroger sur la généralisation proche des voitures électriques dans les conditions actuelles.

La RDC possède les mines de cobalt les plus productrices du monde, plus de la moitié du cobalt utilisé mondialement. Il existe aujourd’hui une demande accélérée pour des accumulateurs rechargeables (batteries) fabriqués sur base de l’oxyde de lithium et de cobalt, un secteur représentant 49% de la demande globale de cobalt. Ces accumulateurs rechargeables sont jusqu’à présent les plus prisés dans la fabrication des véhicules électriques, à cause de leur forte capacité de stockage d’énergie permettant ainsi leur utilisation sur une plus longue durée[1]. Tous les efforts sont faits pour que la production puisse répondre à la demande mondiale constamment élastique. L'Est de la RDC, où se trouvent les mines, abrite des centaines de milliers d’enfants qui creusent pour fournir les minéraux qui seront utilisés par Apple, Google et d'autres sociétés géantes.

L'expert en développement mondial Siddharth Kara a beaucoup écrit sur la signification de ce minerai pour les géants de la technologie. En 2018, il note que "les enfants travaillent 12 heures par jour, certains pour seulement 2 dollars par jour, creusant et transportant des sacs de roches riches en cobalt, sans protection, participant à la course chaotique pour ce produit extrêmement précieux"[2]. La toxicité du cobalt est de nature radioactive et un organisme qui y est exposé soit par ingestion ou inhalation peut en souffrir gravement. Le cobalt est en outre classé comme un cancérogène possible. Il pourrait aussi être à l’origine de problèmes cardiaques et d’affections pulmonaires[3].

Ces enfants sont à la merci de maîtres d'œuvre qui sont généralement des fonctionnaires corrompus ou même des forces rebelles. Le gouvernement du Congo ne semble pas capable d'assurer la sécurité des vies et des biens de ses habitants dans les villes minières. Or, cet artisanat minier produit au moins 20% de l’exportation. Le débat entre les deux géants suisses du secteur minier, Glencore International et Trafigura, pour savoir quelles conditions de travail il faut offrir aux milliers des creuseurs, trouve ici tout son sens. Pour Glencore, l’artisanat minier n’a plus sa place malgré le chiffre impressionnant de tonnes des minerais extraits par les creuseurs artisanaux. Trafigura semble avoir une lecture plus réaliste du contexte local. Selon ce géant suisse, il y aurait 110.000 à 200.000 (!) creuseurs artisanaux qui fournissent 20 à 40% du cobalt congolais et dont il faut tenir compte en intégrant le travail des artisans miniers dans la grande industrie minière au Katanga. Il a signé un contrat avec la compagnie Chemaf qui mène un programme pilote d’encadrement et de régularisation de l’activité minière artisanale[4]. Il s’agirait entre autres de contrôler les creuseurs et de limiter l’entrée des mines aux plus de 18 ans. La tâche est immense vu le nombre des destinataires potentiels.

Récemment, les sociétés BMW, BASF, Samsung SDI et Samsung Electronics ont lancé en octobre 2020 en RD Congo, le projet « Cobalt for Development », visant à former plus de 1500 exploitants artisanaux du cobalt d’ici à la mi-2021. Ces ‘grands consommateurs’ du cobalt produit en RD Congo veulent ainsi comprendre et relever les défis de l’exploitation minière artisanale responsable à travers ces formations pour douze coopératives minières artisanales à Kolwezi, dans la province du Lualaba (sud-est de RD Congo).


« Le cobalt joue un rôle essentiel, malgré une quantité décroissante de matière première dans les nouvelles générations de batteries pour véhicules électriques. Grâce à cette initiative, nous souh
aitons renforcer notre stratégie de matières premières durables en ayant un impact sur le terrain – en étroite coopération avec des partenaires solides », a déclaré à la presse Ullrich Gereke, responsable de la stratégie d’approvisionnement de Volkswagen cité dans un communiqué. Le groupe a récemment rejoint l’initiative en tant que nouveau partenaire[5].

Cette initiative louable ne touchera cependant qu’un tout petit pourcentage des jeunes (garçons et filles) qui sont privés de scolarité et se détruisent la santé dans cet artisanat gravement toxique, sans aucune couverture médicale.

Serait-ce une invitation à s’interroger sur le label de propre et d’éthique attribué aux véhicules électriques dont il est prévu d’en produire des millions[6] (sic) durant les années à venir ? Quelle traçabilité et quelle protection mettre en place dans ce commerce mondialisé ?



[1] Aloys Tegera, Senior Researcher, Les enjeux du Cobalt Congolais, Pole Institute, Goma (RDC) Décembre 2019, 20 p. Non publié.         

[2]https://face2faceafrica.com/article/congoisbleeding-new-hashtag-draws-attention-to-deadly-exploitation-in-congolese-minesOpinion and features  by Nii Ntreh, Oct 22, 2020

[3] Aloys Tegera, ibidem.

[4] Ibidem.

[5] Financial Afrik, Nathanael Mavinga, « RDC : BMW, SAMSUNG et Volkswagen forment plus de 1500 exploitants artisanaux du cobalt »,  2 novembre, 2020.

[6] La COP 21 tenue à Paris ambitionne vouloir atteindre 100 million de véhicules électriques ainsi que 400 million d’engins électriques à deux roues en 2030 et estimerait une demande de 1,2 million de tonnes de cobalt pour atteindre son objectif. Cf. EU, « Cobalt : demand – supply balances in the transition to electric mobility », 2018.

mercredi 24 février 2021

Sud-Kivu, le Foyer Ek'Abana adresse un message de condoléance à la communauté Italienne, (24 février 2021)

 

MESSAGE DE CONDOLEANCE ADRESSE A LA COMMUNAUTE ITALIENNE VIVANT AU SUD – KIVU EN PARTICULIER ET EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO EN GENERAL

        C’est avec une grande consternation que nous, agents et enfants du Foyer Ek’Abana, membre de la Caritas développement de l’Archidiocèse de Bukavu, qui s’occupe des enfants en situation difficile, avons appris avec regret la mort par assassinat de l’ambassadeur Italien            LUCA ATTANASIO à Nyiragongo au Nord – Kivu le 22 février 2021.

Nous regrettons la persistance des crimes des innocents dans notre pays la République Démocratique du Congo et surtout dans la partie Est du pays par les groupes armés et de l’insécurité qui se vit partout.

Nous exprimons nos sentiments de compassion à la famille de l’illustre disparu.

Que Dieu puisse les fortifier à supporter cette douleur inopportune et les apporte une consolation. QUE SON AME REPOSE EN PAIX.

Toutefois, nous partageons cette douleur avec la communauté Italienne dans notre pays et tous ensembles gardons notre espérance dans le Seigneur Jésus Christ qui voit tout et qui est le compatissant.

Cet évènement douloureux pousse à inviter notre gouvernement à sécuriser valablement les personnes et leur bien pour promouvoir le développement de notre pays et donner une bonne image aux autres pays qui ont la bonne volonté de nous accompagner dans le progrès de notre population en général.

Nous, enfants et les agents du Foyer Ek’Abana, nous nous unissons dans la prière avec la communauté Italienne.

 

Au nom des enfants et agents du Foyer Ek’Abana

BANYWESIZE RWIZIBUKA Joseph


                       Coordinateur Adjoint

https://germesdesperance.blogspot.com/message-de-condoleance-ekabana-sud-kivu 

mardi 23 février 2021

Billet Covid-19 en Afrique (23 février 2021)

 Covid-19 en Afrique : entre étonnement et interrogations pour l’avenir

[Tribune] La réaction de l’Afrique au Covid-19 ne cesse d’étonner. Anthropologue et prêtre, Bernard Ugeux nous éclaire sur la gestion de la pandémie en Afrique sub-saharienne où il vit et travaille depuis des années.

Bernard Ugeux


Two men look out the window at a venue for the Lagos State Environmental Protection Agency (LASEPA) and the Lagos State Safety Commission Social Distancing Advocacy program at Ikorodu, Lagos. • ADEYINKA YUSUF/ISTOCK

La première surprise a été la résistance et la résilience des Africains à l’agression de ce virus inconnu. Il est question d’une seconde vague plus agressive de la première, qui, dans nos régions, concerne surtout l’Afrique du Sud (avec un nouveau variant du virus) et l’Ethiopie. Ici, les gens se disent : « mais nous n’avons pas encore vu de vraie première vague ».

Il existe un certain nombre de conjectures concernant les raisons pour lesquelles ce continent car a été moins impacté par le coronavirus. L’Afrique est assez isolée au niveau des déplacements par rapport au reste du monde, ensuite l’âge moyen est de 19 ans, le mode de vie se caractérise par beaucoup de temps passé à l’extérieur, certains font aussi allusion au climat de l’Afrique, mais il y a une grande variété de climats et ceux-ci ne sont pas si différents de ceux de l’Amérique latine, fortement impactée. Plus récemment, on a présenté des explications de type génétique, comme quoi il existerait une différence importante entre l’ADN des Européens et celle des habitants du continent noir.

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Résistance et immunité

Pour ma part, je considère qu’il y a une capacité de résilience particulière qui peut être due à d’autres éléments : un taux encore important de mortalité infantile qui laisse en vie les enfants en meilleure santé, un mode de vie souvent pénible où les personnes sont physiquement éprouvées, particulièrement quand elles sont malades et un manque de médicaments.

Il y a de ce fait une résistance et même une immunité qui se sont développées naturellement. Cette population n’a pas non plus attendu le coronavirus pour subir des maladies endémiques comme le paludisme, la rougeole, et la fièvre à virus Ebola. A tout cela, la population résiste depuis longtemps avec peu de moyens.

Faire face à l'adversité 

J’ajouterais que l’analyse de ce phénomène de résistance ne devrait pas se limiter à une approche biologique. La forte solidarité entre les personnes qui soutient le moral des plus fragiles, la capacité à se réjouir de la vie, la foi profonde en un Dieu qui protège et qui guérit, musulmans ou chrétiens, sont aussi des éléments qui peuvent concourir au renforcement de l’immunité et à cette capacité étonnante de résilience….

Le Covid-19 ne rend pas les gens dépressifs, ils ne dramatisent pas, ils tournent les alertes en dérision, étant donné leur peu de ressources sanitaires. Il faut dire qu’il y a eu peu de confinement, impossible d’ailleurs dans des mégapoles africaines.

Avec tous les défis quotidiens que la majorité des Africains doivent relever, ne fusse que manger une fois par jour, ils ont appris à faire face à l’adversité sans dramatiser. Il existe certes une certaine classe moyenne ainsi qu’une petite élite très fortunée, mais ils ne sont pas représentatifs de la population et ce sont eux qui ont été les principales victimes de la pandémie.

Des statistiques peu fiables

On est d’autant plus étonné du peu de propagation de la pandémie quand on considère le peu de sérieux avec lequel les gestes barrières et les consignes sanitaires sont respectés. Les transports publics et les marchés sont bondés et bien souvent le masque n’est porté que quand il y a un policier en vue. Rien que se laver régulièrement les mains pose problème, les gens n’ayant pas les moyens d’acheter du gel hydroalcoolique et beaucoup n’ont pas accès à l’eau courante, en ville comme en milieu rural.

En outre, les statistiques sont rarement fiables. D’un côté, elles peuvent être forcées (par exemple, le nombre de personnes hospitalisées ou décédées) dans le but d’obtenir des subventions importantes de l’étranger, que se partagent parfois les autorités sanitaires aux dépens des populations. De l’autre, elles sont sous-estimées car certaines personnes contaminées ont peur de se déclarer et d’être enfermées en quarantaine quelque part.

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Certaines s’enferment elles-mêmes à la maison, d’autres utilisent des herbes médicinales qui, par inhalation et sudation, peuvent donner de bons résultats. Plusieurs personnes qui ont été atteintes dans mon entourage se sont contentées de s’isoler une ou deux semaines sans aucun médicament. 

Des variations de prix pour les tests

Certains gouvernements ont géré la pandémie avec beaucoup de rigueur et de sérieux, cependant ailleurs, on a vu fonctionner les systèmes parallèles de corruption, d’impunité et parfois carrément de mafia concernant l’argent reçu de l’étranger ainsi que les matériels divers.

Dans plusieurs pays le ministre de la santé a fini par être mis en examen. En Tanzanie, c’est au Président de la République lui-même que des comptes ont été demandés par l’Union européenne, car les autorités du pays auraient reçu 25 millions pour gérer une urgence sanitaire qu’ils n’ont jamais déclarée.

On est aussi étonné de voir combien coûte un test d’un pays à l’autre et même d’une région à l’autre, le prix pouvant aller de 5 à 150 dollars (124 euros). En outre malgré l’urgence sanitaire, s’il y a un jour de congé dans certains pays, il n’est plus possible de se faire tester.

Méfiance sur les réseaux sociaux

On s’est donc énormément méfié des tests et on se méfie encore plus des vaccins. Des petites vidéos complotistes circulent à qui mieux sur les réseaux sociaux. De nombreuses personnes craignent qu’on impose le vaccin pour voyager, alors qu’elles sont décidées à ne jamais le prendre. Parmi les raisons avancées par certains, il y a le soupçon que le vaccin destiné à l’Afrique soit différent de celui des autres continents, avec une capacité de stériliser les femmes en vue de réduire la démographie en Afrique. D’autres pensent qu’on va y introduire des nanoparticules afin de pouvoir ensuite identifier les personnes et les contrôler.

Il faut reconnaître que les contradictions dans les déclarations des « experts » de tout bord qui passent à la télé (toutes les grandes villes sont couvertes par des réseaux satellitaires), ou sur les réseaux sociaux les déconsidèrent largement. Du coup, les gens se contentent d’un bon sens quotidien, sans dramatiser, sans se protéger suffisamment, mais en menant d’abord leur combat pour la vie avec courage, abnégation et une insuffisance de moyens pour se soigner.

L’avenir nous dira comment le continent continuera à évoluer, alors que certaines statistiques remontent ces derniers temps dans certains pays d’Afrique.

mardi 12 janvier 2021

Lettre N°44, de Janvier 2021

Chères amies, chers amis,

Je viens à vous aujourd’hui avec un certain retard pour vous présenter nos vœux les plus chaleureux pour une nouvelle année 2021. Je voudrais tout d’abord remercier de tout cœur celles et ceux qui, nombreux, par mail ou d’autres réseaux sociaux, nous ont envoyé leurs vœux, à Germes d’espérance ou à moi-même. Ayant été souffrant durant la période des fêtes, il m’a été impossible de répondre à tous ces vœux qui nous encouragent tellement dans notre travail quotidien. Ne m’en veuillez donc pas si vous n’avez pas toutes et tous reçu une réponse personnelle à vos messages. Après une année bouleversée par une pandémie dont il nous était impossible d’imaginer l’ampleur, nous nous tournons vers l’avenir en décidant l’espérance malgré tout. Au-delà de ce sale petit virus, il y a des trésors incomparables de solidarité, de compassion, de proximité et de dévouement (ici je pense particulièrement aux soignants) dont peut-être nous pensions notre petite planète si égoïste incapable. Là où la précarité a abondé la fraternité a surabondé. Même si on a fait des progrès fulgurants concernant un vaccin, pour lequel des questions demeurent, la persistance des effets de ce virus, qui en plus se permet de muter, nous maintient dans cette posture de fragilité et de dépendance. Nous la vivons bien mal, en tant qu’occidentaux, nous qui sommes habitués à une autonomie et un mode de vie que nous considérions comme définitivement acquis. Je crois que tous les habitants de cette planète sont impactés, d’une façon ou d’une autre, avec bien sûr en plus le spectre de la récession qui approche. Pour les pays de grande précarité où je vis, cette expérience de désappropriations est le quotidien de l’immense majorité des gens qui vivent au jour le jour sans aucune autonomie et sans aucune possibilité d’envisager le moindre projet d’avenir. Nous savons que l’Afrique a été moins impactée que les autres continents, mais elle n’avait pas besoin de cela pour être déjà et depuis longtemps dans cet état de fragilité qui effraye tant aujourd’hui les autres continents. Mais c’est avec une extraordinaire résilience que les gens se battent au quotidien et dont je suis convaincu que beaucoup de citoyens de pays privilégiés auraient à apprendre, en termes d’abnégation et de solidarité, de débrouillardise et de courage devant la succession des épreuves.

Donc je nous souhaite à tous, là où nous sommes, la sagesse de faire le point sur ce que cela révèle de l’état de notre humanité en général et de notre fragilité personnelle en particulier. C’est l’occasion de nous interroger sur le sens ultime de notre existence et sur ce que nous voulons faire de notre vie dans ce monde chahuté où ce n’est qu’ensemble que nous pouvons en sortir.

Nous venons de clôturer avant-hier un atelier sur l’accueil, l’accompagnement et la réintégration de personnes survivantes de violences sexuelles en zone de conflit. Trente-cinq personnes, laïques, religieuses et religieux et prêtres diocésains, provenant de toute la RDC et du Burundi (le Rwanda restant enfermé dans ses frontières), ont eu l’occasion de partager leurs expériences d’accueil et de recevoir des formations et des outils afin d’être mieux à la hauteur de leur tâche si délicate. C’est la seconde fois que j’organise un atelier de ce genre pour ce public et je suis chaque fois profondément touché par ce que je découvre dans les contacts avec les participants. D’abord, le fait que sur toute l’étendue de notre territoire, la violence sexuelle utilisée contre les femmes comme arme de guerre, est une réalité qui se maintient et se déploie à travers le pays de façon constante. On parle de 130 groupes armés rien que pour l’est de la RDC. Ensuite, dans le partage des parcours et des expériences des participants, j’ai touché à nouveau du doigt avec une profonde admiration l’engagement de ces personnes qui ont accepté de s’investir dans ce qui fait fuir tout le monde, c’est-à-dire la confrontation au quotidien aux plaies béantes des plus fragiles, dans des zones parfois incontrôlées. Cela demande une capacité de générosité, de patience, de disponibilité, qui va d’ailleurs parfois trop loin. C’est ainsi qu’une partie de cet atelier a été consacrée à l’importance de prendre soin de soi quand on prend soin des autres. Nous ne pouvons aimer les autres comme nous-mêmes que si nous n’oublions pas de nous aimer nous-mêmes. C’est pourquoi durant cette formation les participants n’ont pas seulement reçu des outils précieux concernant l’accueil, l’accompagnement et la réintégration de survivantes mais aussi des moyens de prendre soin de leur propre énergie, d’accepter leur fragilité, et d’éviter d’être englués par une empathie « toxique », où on est tenté de prendre sur soi la souffrance de l’autre. Il s’agit plutôt de pratiquer la compassion où, au-delà de toute tentative de fusion avec l’autre, on renvoie à la personne en souffrance tout le positif qu’il y a en elle ou en lui et on s’engage à cheminer avec celle-ci, afin de trouver les moyens de se reconstruire dans la durée. Vue la gravité des situations auxquelles nous sommes confrontés cela demande un travail en réseau, cela suppose aussi des moyens matériels afin de pouvoir donner à des personnes qui ont tout perdu, en plus de l’estime de soi, des moyens socio-économiques pour retrouver une place et une autonomie dans la société.

Un autre aspect sur lequel je voudrais insister est la question du trafic humain qui est une des trois sources de profit mondial les plus importantes avec le trafic de la drogue et celui des armes. Celui-là est aussi lié aux migrations. Certains en Europe sont très frileux par rapport à l’arrivée de migrants qui se poursuit et qui doit être régulée de façon humaine afin qu’il y ait un véritable accueil et aussi un discernement des personnes à accueillir. Là encore tout n’est pas possible. Ce que je constate dans mon entourage, c’est qu’il y a un très grand nombre de jeunes qui n’ont aucun avenir, même s’ils sont diplômés, et ils rêvent souvent de partir pour l’Europe ou les Amériques. J’ai à l’esprit trois jeunes filles qui m’ont sollicité tour à tour pour que je les aide à se procurer un passeport parce qu’elles avaient rencontré des personnes qui leur annonçaient que, en passant par un camp de réfugiés en Ouganda ou au Burundi, elles seraient ensuite prises en charge pour des études au Canada. D’après mon enquête, il était clair qu’il s’agissait de réseaux de trafic d’une opacité totale et j’ai bien sûr découragé ces jeunes filles à se lancer dans l’aventure.

Souvent on entend dire dans les pays occidentaux : il vaut mieux donner à tous ces candidats à l’émigration des possibilités de vivre chez eux de façon décente afin de ne pas être tentés par une aventure qui, pour beaucoup, se termine dans un camp en Libye ou au fond de la Méditerranée. J’en suis convaincu également, même si je respecterai toujours le droit de migrer pour quelqu’un qui désire réaliser un projet personnel. Je n’oublie pas que je suis moi-même un immigré ici au Congo.

Or, cela rejoint le travail que réalise Germes d’espérance en permettant à des dizaines de jeunes garçons et filles de se former, d’acquérir une compétence professionnelle et de s’installer un jour à leur compte et afin de ne plus être tentés par des aventures impossibles. Je vous l’ai dit dans une lettre précédente, cette année au centre Nyota, 32 jeunes filles ont acquis le certificat d’études primaires et sont en mesure de poursuivre une formation ou des études. 30 autres ont acquis le diplôme national de coupe et couture et ont reçu une machine à coudre et du matériel afin de commencer leur petit atelier. À l’école de menuiserie de Kamituga, dans le diocèse voisin d’Uvira, 30 garçons issus des mines d’or clandestines ont terminé une formation accélérée en menuiserie et obtenu un kit qui leur permet de rendre des services à la population et de devenir autonomes dans un projet de vie et de mariage. Cela fait 92 personnes qui rien que l’année dernière ont eu des raisons de s’enraciner dans leur milieu sans rêve d’impossible départ. Et cela grâce au soutien matériel du réseau Germes d’espérance. Voilà donc une raison de plus d’espérer et aussi de vous remercier ! Bernard, votre frère.


Les 35 participants à l’atelier sur l’accueil

, l’accompagnement et la réintégration de personnes

 survivantes de violences sexuelles en zone de conflit

, de Keshero, Goma (RDC) du 4 au 10 janvier 2021.

 Je les confie à votre prière. Un des prêtres de l’atelier

 de 2017 a été ensuite assassiné à cause de son

 engagement pour la paix.


 

dimanche 18 octobre 2020

Lettre N°43, d’octobre 2020

 

Chères amies, chers amis,

C’est de Kinshasa que j’ai le plaisir de vous écrire aujourd’hui, ayant « réussi » à m’extraire des alertes grandissantes concernant la Covid 21 qui sont proférées aussi bien en Belgique qu’en France. Me voici de retour au pays. En effet, j’ai eu la chance de pouvoir rentrer en Europe pour mes contrôles médicaux en rapport avec mon opération de l’an dernier. Heureusement, les résultats sont bons et je suis à nouveau apte pour le service pour une durée indéterminée. Le fait que la session que je donne habituellement à Rome chaque année ait été annulée, et que j’aie pu profiter du premier vol de la compagnie Ethiopian Airlines entre Goma et Addis-Abeba, et ensuite Paris, m’a permis de prendre un temps de repos en France et en Belgique, et du coup de revoir quelques amis. J’ai déjà passé quatre fois le test de la Covid et j’en ai un autre qui m’attend dans trois jours pour rentrer à Bukavu. Je n’ai jamais autant souhaité être…négatif !

J’ai d’autre bonnes nouvelles à vous annoncer. Tout d’abord les résultats du centre Nyota qu’un certain nombre d’entre vous soutient avec une fidélité indéfectible. Les 30 jeunes qui ont présenté le certificat d’école primaire, que nous préparons selon un programme accéléré de trois ans, ont tous réussis. Quant à la professionnalisation, 32 jeunes filles qui ont poursuivi leur formation chez nous ont présenté le jury national de coupe et couture, et ont toutes réussi également. Nous leur avons donné à chacune une machine à coudre et le matériel pour commencer leur propre atelier. Ces résultats sont le fruit des efforts du personnel de maintenir un certain niveau et de faire un rattrapage efficace malgré la fermeture des institutions d’enseignement à cause de la pandémie. Les cours ne reprennent que maintenant. Je tiens à souligner le sérieux et la disponibilité avec lesquels ces hommes et ces femmes se dévouent pour des enfants et des jeunes en très grande précarité, comme je vous les ai décrits dans ma circulaire précédente. Par ailleurs, à l’école de menuiserie de Kamituga qui accueille chaque année 30 jeunes qui travaillent habituellement comme esclaves dans les mines d’or a connu une large majorité de résultats positifs. Ces jeunes ont chacun reçu un certificat de réussite et un kit de base pour poursuivre un travail de menuiserie dans leur milieu.


L’ensevelissement de soixante creuseurs dans l’inondation d’un puits de mine artisanal, il y a quelques semaines, dont trois candidats de notre école, ne fait que renforcer notre détermination. Cela arrive régulièrement dans les puits de mines d’or et de coltan dans nos régions. Je n’ose pas montrer les photos de ces jeunes corps qui ont été extraits des éboulements après plusieurs jours. Nous cherchons actuellement les moyens d’équiper cette école de machines-outils susceptibles de les rendre plus aptes à s’intégrer professionnellement après la formation.

Par ailleurs, dans ma lettre précédente, j’évoquais les difficultés financières auxquelles nous nous attendions à devoir faire face, étant donné l’arrêt des subventions de certains donateurs particulièrement généreux. Or « il est écrit » – s’il faut s’exprimer ainsi – que nos œuvres doivent se poursuivre. Car entre-temps, d’autres donateurs se sont présentés et nous ont apporté une aide correspondant à peu près à celle qui nous était retirée. Cela concerne 30 % de nos besoins, le reste étant assuré par vos dons au Réseau Germe d’espérance. Certains et certaines d’entre vous envoient 20 € par mois… c’est si peu, et c’est tellement ! surtout étant donné le niveau de vie ici. Merci !

Je suis heureux de vous envoyer une lettre qui vous donne cette série de bonnes nouvelles, à laquelle on peut sans doute ajouter, du point de vue des Congolais et des Congolaises, le fait que le nouveau cardinal de Kinshasa a été choisi par le pape François pour faire partie de son conseil rapproché. Comme son prédécesseur Mgr Monsengwo, le cardinal Ambongo, capucin, archevêque de Kinshasa, est fermement engagé dans le domaine du respect des droits humains et de la promotion de tous. Il agira certainement dans le sens de la mise en application des intuitions si fortes du pape François en faveur des exclus qu’il a réitérées dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti qui présente une synthèse de ses positions dans ce domaine. Certes, il ne fait pas l’unanimité dans certains milieux économiques néolibéraux, mais quand on regarde de près son enseignement, celui-ci s’inscrit parfaitement dans la ligne de l’Évangile, et n’est que le développement, adapté à notre époque, des grandes intuitions de Jean XXIII, de Paul VI, et aussi de Benoît XVI par rapport à la façon de gérer les retombées de la mondialisation dans la vie quotidienne des populations. Je viens de donner une session sur l’impact de la mondialisation, et de la covid 19, sur la vie religieuse, qui, si elle veut être fidèle aux conseils évangéliques malmenés, ne peut être que prophétique.

Quant à la situation de notre pays, elle reste toujours problématique étant donné le « combat des chefs » permanent qui se déploie en politique, à différents niveaux, les politiciens n’ayant plus le temps de s’occuper du bien commun.

Le Cardinal Ambongo, interrogé sur la dernière encyclique du Pape François, y fait ainsi allusion, pour Vatican News:

« Qu. Le premier chapitre de l’encyclique parle d’ombres qui empêchent une vraie fraternité. Ce que vous évoquez ce sont donc des ombres qui empêchent la vraie fraternité humaine dans votre pays, la République démocratique du Congo ?

R. Il existe beaucoup d’ombres chez nous. Parmi les principales figure l’esprit de prédation qui fait que les ressources naturelles du Congo sont devenues causes de ses malheurs. Il faut ajouter à cela la cupidité de la classe politique congolaise qui joue le jeu de ces prédateurs internationaux. Et, devant cette coalition de prédateurs des ressources naturelles et une classe politique avide de biens matériels et de richesses, le peuple est complètement mis hors-jeu. Et c’est contre cette situation que nous devons nous engager, prêcher l’évangile et enseigner l’esprit de Fratelli tutti. »

Cette situation, qui remonte à des décennies de kleptocratie rend très difficile le décollage économique d’une classe moyenne susceptible de promouvoir un tissu socio-économique dont le peuple bénéficierait. L’absence d’investissement et de création d’emplois est source de désespoir pour la jeunesse. C’est pourquoi Germes d’espérance investit dans la professionnalisation en vue de la réintégration sociale et économique de garçons et de filles en grand difficulté.

Une épidémie n’arrête ni la vie sociale ni celle de l’Eglise, malgré les à-coups. Cette année, même si ce fut célébré en communautés réduites, dix ordinations presbytérales et deux ordinations diaconales ont eu lieu dans notre Province d’Afrique centrale qui comprend la RDC, le Burundi et le Rwanda (photo : à Bukavu). Il a fallu beaucoup de prudence et de créativité de la part de notre équipe provinciale pour organiser avec les évêques ces ordinations, afin de permettre à nos jeunes confrères de rejoindre leur lieu de mission sans tarder. Nous avons quatre maisons de formation dans notre province : une propédeutique à Goma, deux consortiums de philosophie (Bukavu et Kinshasa) et un centre de théologie (Kinshasa). Cela ne signifie pas qu’un candidat suit toute sa formation dans son pays d’origine. Au contraire, il la reçoit dans des contextes culturels et linguistiques différents, afin de vivre partout l’internationalité et l’interculturalité. Nous avons près de 500 candidats dans le monde.



Tourné vers l’avenir, dans l’espérance, je vous redis

merci au nom de toutes nos équipes, Bernard Ugeux

Remise des machines à coudre aux lauréates du Jury National de couture du centre Nyota de cette année. 100 % de réussite. Grande joie !


 

Situation humanitaire à l’Est de la RDC, des milliers des victimes prennent refuges au Burundi.

Source photo : mediacongo.net Guerre dans l’Est de la RDC, plus des 17 853 victimes venant d’Uvira, Walungu, Bukavu, Sake, Kamanyola, Minova...