mercredi 4 janvier 2023

Nouvelle Lettre de la Savane N°52 de décembre 2022

 

Chères amies, Chers amis,

Oserais-je vous dire : Joyeux Noël et Bonne Année ? Peut-être sommes-nous tenté(e)s de penser quil est désormais dérisoire de présenter des vœux de paix et de bonheur au début de chaque année nouvelle alors que lon clôture lannée qui finit avec un sentiment damertume. Il est vrai que cette année encore, alors que beaucoup espéraient que la régression de la pandémie du Covid allait permettre un retour à une vie plus « normale », lagression russe contre lUkraine a ranimé toutes les inquiétudes et aggravé les déséquilibres de notre planète dans bien des domaines (économique, financier, écologique, politique, militaire, etc.). Vous avez remarqué comment on trouve toujours de largent pour acheter des armes ! La façon dont les médias semblent sélectionner systématiquement toutes les mauvaises nouvelles de la planète au détriment de tout ce qui se passe de positif dans lhumanité ne fait que renforcer ce sentiment de gabegie et déchec. Certes, il ne faut pas sous-estimer la profonde crise de civilisation que nous traversons. Les ajustements quil nous faut assurer désormais sont structurels et systémiques et dépassent largement une simple adaptation à des évolutions prévisibles. Un peu partout les clignotants sont au rouge et limpression de crise est présente partout. Pourtant, nous savons que notre humanité a traversé dautres crises civilisationnelles, et que cela a parfois donné naissance à une créativité et à des mutations plus positives que ce que la plupart prévoyaient au départ.


Crèche vivante du Foyer Ekabana qui accueille des petites filles accusées de sorcellerie. 

Les personnes qui réagissent à cette circulaire, que certains parmi vous reçoivent pour la 52e fois, soulignent que je parle souvent d’espérance. Oui, jy crois. Je suis arrivé en RD Congo pour la première fois il y a 51 ans. Je nai pas vécu tout ce temps sur place, mais jy suis revenu depuis 13 ans. Si jy reste ce nest pas parce que la conjoncture actuelle nous donne beaucoup despoir, mais parce que la vitalité et le courage, la résilience et la foi des populations nourrissent mon espérance. 

Nous attendons la venue du pape François pour la fin du mois de janvier. Cest un événement très important pour la population congolaise alors que nous craignions que son état de santé lempêche de nous rendre visite, ainsi que linsécurité dans lest du pays. Pour finir celle-ci a entraîné lannulation de létape prévue au nord de notre lac Kivu, dans la ville de Goma, à 100 km de chez nous, mais il viendra à Kinshasa. 

Les attentes de l’Eglise congolaise sexpriment clairement dans la prière qui est lue à la fin de chaque eucharistie dans le pays : « que cette visite soit aussi un temps de grâce pour réconforter les familles sinistrées par les calamités naturelles, les maladies et la misère ; un tant de grâce pour consoler les personnes éprouvées par les multiples situations dinsécurité récurrente, surtout dans le reste de notre pays ; un temps de grâce pour consolider lunité, la paix et la cohésion nationale ». Les défis que traverse notre pays sont bien présents dans cette prière. Que ce soit les calamités naturelles : éruption volcanique, glissements de terrain et inondations dues aux pluies diluviennes et à lanarchie urbaine, que ce soit les personnes victimes de linsécurité récurrente, particulièrement les 120 groupes armées incontrôlables, les attaques à nos frontières, dont je vous parlais déjà dans la circulaire précédente et qui se poursuivent avec des appuis étrangers, que ce soit lunité et la cohésion nationale, alors que 2023 sera pour nous une année délections généralisées alors quil existerait de nombreux doutes concernant limpartialité des institutions qui en sont chargées. Certes, on nattend pas du pape qu’il règle tous ces problèmes, mais cest une occasion pour lEglise catholique de rappeler son engagement au service de la justice et de la paix. La dernière lettre de notre Conférence épiscopale est une véritable mise en demeure adressée aux autorités politiques.

Tous ces soucis ne nous ont pas empêchés de célébrer Noël avec la ferveur que lon connaît chaque année, avec lémulation entre les chorales, qui sont des lieux privilégiés de rencontres de la jeunesse, avec la conviction que le pire nest pas le plus sûr pour une population qui tente de survivre dans un contexte de crise économique aggravée par la pandémie, et par les affrontements en Ukraine et sur nos frontières. Bien plus, nos engagements se poursuivent avec vigueur auprès des plus vulnérables, au Centre Nyota de Bukavu et au centre professionnel de Kamituga, que notre réseau Germes despérance soutient grâce à votre fidélité. 

Nous venons de vivre de moments forts au centre Nyota : la célébration douverture de lannée où linstitution a été confiée au patronage de Sainte Marie-Madeleine, elle qui a connu un passé très difficile et qui a été transformée par sa rencontre avec le Christ au point quelle est devenue la première à annoncer sa résurrection. À cette occasion, tous se sont réjouis de la bénédiction pontificale envoyée par le pape François sur le personnel et les survivantes accueillis par le centre. Ce fut une explosion de joie.  


De même, à la fin du trimestre, la proclamation des résultats accompagnée dune fête fut particulièrement bien animée par les filles engagées dans lEcole de la paix qui est une activité proposée aux volontaires dans le cadre du Centre pour devenir médiatrices de paix dans les milieux quelles ont dû fuir à cause des violences.  


Tout cela, ce sont des « germes despérance » que je continue à partager avec vous. Dabord, pour montrer que laide que vous apportez donne de nombreux fruits, cest pourquoi je vous propose le visage de certaines jeunes qui ont retrouvé la joie de vivre, ensuite, pour qu’au moment où vous faites lexpérience de certaines privations à cause de laugmentation des prix de lalimentation ou déventuels délestages dapprovisionnement en électricité,  vous puissiez vous sentir solidaires de nos combats et de la sobriété que vous pouvez choisir mais qui, ici, nous est imposée depuis longtemps par le dysfonctionnement des institutions étatiques.

 

Jeunes filles du Centre Nyota : proclamation des résultats.

Personnellement, je suis toujours engagé dans la nouvelle mission dont je vous ai déjà parlé : la formation de 29 jeunes rwandais, burundais congolais, qui se préparent à devenir missionnaires dans notre société apostolique. Vivre au quotidien avec ces jeunes me demande un effort dadaptation mais mapporte aussi un rajeunissement, grâce à leur exigence et à leur dynamisme. Le défi pour moi est de redevenir professeur de philosophie après avoir arrêté il y a 40 ans, ce qui exige un travail de recyclage et une préparation approfondie de mes cours. Pas si évident. Par ailleurs, je suis reconnaissant de pouvoir terminer cette année de transition 2022 dans la paix profonde et la joie de mon engagement de prêtre et de missionnaire. Année de transition par le passage de la formation permanente en lien avec Rome à la formation initiale qui me demande une plus grande stabilité ici à Bukavu. Transition parce que cela a impliqué un changement de communauté, de rythme, dhoraires, de nourriture, dactivités, que je vis heureusement de mieux en mieux. Le défi pour nous est dassurer la qualité de formation quattendent ces jeunes généreux, ce qui suppose de la part des formateurs un engagement sans faille où nous sommes cohérents entre ce que nous enseignons et la façon dont nous le mettons en pratique au quotidien. Les jeunes nous observent et sont parfois sur leur faim. 


Ce que je viens de vous partager vous permet de comprendre pourquoi j’ose, encore une fois, vous souhaitez une année 2023 de paix et de croissance intérieure… Il y a toujours plus en nous que ce que nous pensons souvent Il ny a pas dâge pour souvrir et continuer à sémerveiller. Encore une fois, jécris ton nom espérance. Bernard 

L’équipe de formation du Centre Nyota en récollection 

Un grand merci à ceux et celles qui nous aident, au nom de ceux et celles qui en bénéficient ! Notre objectif est de les rendre autonomes demain. 

Cette année, l’association Garonne Animation (Toulouse) et la Fondation Roi Baudouin (Belgique) ont fait un don à Germes d’Espérance. Nous les en remercions vivement. 


 

mardi 8 novembre 2022

SUD KIVU, Le centre Nyota commence son année patronale


Ce lundi 31 octobre 2022, une Messe d’ouverture de l’année scolaire 2022-2023 s’est tenue au Centre Nyota à Bukavu pendant laquelle ce centre a été dédié au patronage de Sainte Marie Madeleine.

Présidée par le Père Bernard Ugeux, elle a connu la participation des toutes les filles du centre Nyota, les membres du personnel et des anciennes.

A l’issue de cette célébration, trois cadeaux ont été offert au centre Nyota par le Père Bernard Ugeux dont la photo de la Sainte Marie Madeleine, une promesse de don pour l’équipement du Centre par les bienfaiteurs et une bénédiction Apostolique du Pape François adressée à la directrice, à tous les membres du personnel et aux filles qui étudient à ce centre.

Dans son message, la directrice du centre Nyota Noëlla, indique qu’aujourd’hui ce centre commence son année patronale.  Tout en donnant le bien-fondé de cette journée, elle précise que le centre Nyota a choisi Sainte Marie Madeleine comme leur patronne parce qu’elle été la première femme à avoir proclamé la résurrection du Seigneur. Elle rappelle que Marie Madeleine été une femme pécheresse mais quand elle a rencontré Jésus, elle s’est convertie, a changé de vie et s’est mise à la suite de Jésus.

A l’égard du Père Bernard Ugeux, la Directrice indique que le Père est présent au nom de Jésus au Centre Nyota. Comme Sainte Marie Madeleine qui a rencontré Jésus a été sauvée, ainsi, les filles du centre Nyota qui participent aux activités du Centre ont accès à la guérison et peuvent rencontrer le Seigneur..

Maman Noëlla en a profité pour remercier le réseau Germes d’Espérance pour le soutien qu’il ne cesse de donner au centre Nyota.

Rappelons que le Centre Nyota se trouve en République Démocratique du Congo, ville de Bukavu en Commune de Kadutu. Ce centre appartient à la Paroisse Saint François Xavier de Kadutu et s’occupe de l’accompagnement et de l’éducation des filles victimes des violences diverses et de vulnérabilité sociale à l’Est de la RDC.

Dans les prochains jours, la vidéo de cette activité sera déjà disponible sur YouTube pour ceux qui la désirent.

Reportage de Destin BYANDIKE


vendredi 7 octobre 2022

Lettre de la Savane N°51

 


Chères amies, Chers amis,

Le mois de septembre se termine dans un climat de morosité avec une recrudescence du Covid en Europe, les conséquences économiques, financières, politiques et militaires de l’agression de la Russie et les inquiétudes climatiques.

Je voudrais cependant commencer par vous partager des signes d’espérance qui peuvent nous encourager, même s’ils se passent loin de la plupart d’entre vous. Il y a tout d’abord la fécondité et la générosité des Eglises d’Afrique qui, en plus d’un engagement impressionnant des laïcs, a célébré cet été une multitude d’engagements à vie de jeunes hommes et de jeunes femmes au service de l’Eglise et de l’Afrique. Que ce soient les vœux dans les congrégations religieuses masculines ou féminines, ou les ordinations dans les diocèses et particulièrement dans notre Société des Missionnaires d’Afrique. Cette année, nous célébrons pour notre Province d’Afrique Centrale (Burundi, RD Congo, Rwanda) 11 ordinations presbytérales (prêtres) et 7 ordinations diaconales. Sans compter la fondation de nouvelles paroisses.

Au Centre Nyota, que soutient fidèlement Germes d’Espérance, les résultats sont toujours aussi encourageants. Pour l’examen national de de fin d’études primaires, nous avons obtenu 20 réussites sur 20 avec une moyenne de 80%. Nous figurons parmi les premières écoles de la Province. Pour le Jury provincial de couture, cela donne 23 réussites sur 23, avec cependant une certaine baisse de la moyenne des résultats cette année. Sans votre soutien, ces jeunes filles n’auraient jamais pu présenter ces jurys. Chacune a reçu un kit pour créer son micro-projet.


Chaque finaliste a reçu une machine à coudre pour commencer son atelier.

Par ailleurs, malgré le peu de temps passé en Europe à cause de ma nouvelle fonction dans la formation initiale, j’ai pu animer une dernière fois à Rome la session pour les confrères et consœurs séniors sur « l’art de vieillir dans la grâce et la sérénité ». Ils étaient 18 participants. J’ai dû faire appel à l’un d’eux, pressenti pour me succéder, pour remplacer au pied levé la religieuse qui co-anime habituellement ces sessions avec moi et qui était empêchée pour raison de santé.

J’ai donc dû assumer l’animation et la transmission. Ce fut assez lourd, mais tout s’est bien passé. Jetez un coup d’œil :

https://mafrome.org/session-des-seniors-2022/  


Témoignage d’une participante (80 ans) : « 

Je me sens confirmée dans ce qui était déjà une conviction croissante, à savoir que ce temps de vieillesse est un temps de GRACE et sera fructueux dans la mesure où je laisse l'Esprit travailler en moi et à travers moi. Je reste missionnaire jusqu'à la fin de ma vie....

C'est une joie et une découverte d'être avec nos frères Missionnaires d’Afrique.  Bien sûr, je les ai souvent rencontrés dans le passé, mais ce temps passé ensemble à prier et à partager d'égal à égal a été une bénédiction et quelque chose en moi a changé en conséquence ».

A côté de ces bonnes nouvelles, il y a l’évolution actuelle de la RDC. Victime d’agression de la part d’un groupe armé (le M23) soutenu par des voisins, le pays n’arrive pas à reconquérir son territoire pour le moment. Les casques bleus, dont la population demande le départ, n’arrivent pas à gérer la situation. Ils sont pourtant présents en RD Congo depuis plus de 20 ans, comptent plus de 20.000 hommes de troupe, coûtent 1,5 milliards de $ par an (60 états contributeurs). Les gens se disent que si on avait investi cette somme pour l’équipement et la formation de l’armée congolaise, celle-ci serait capable d’assurer sa mission régalienne. Mais ce n’est pas encore le cas.

En outre, la multiplicité des groupes armés illégaux (environ 130) provoque des déplacements massifs. Radio France

International précisait récemment : « À elle seule, la RDC compte 5,5 millions de personnes déplacées et 1 million de réfugiés en 2021. Un cas d’école en matière de négligence internationale, malgré le déploiement coûteux de la Monusco depuis 1999, une mission des

Nations unies aujourd’hui sur le départ. Alors que 27% de sa population a souffert de la faim en 2021, aucune réunion de haut niveau de pays donateurs ne s’est tenue sur la RDC, et seulement 44% des 2 milliards de dollars demandés par les Nations unies pour l’aide humanitaire ont été accordés. La situation s’est aggravée cette année avec la résurrection de la rébellion du M23 dans le Nord-Kivu, les tensions avec le Rwanda voisin et une insécurité alimentaire persistante. « C’est l’une des pires

crises humanitaires du siècle, souligne Jan Egeland. Et pourtant, ceux qui disposent du pouvoir de changer la donne, en Afrique comme ailleurs, ferment les yeux sur les vagues d’attaques brutales et ciblées à l’encontre des civils, qui brisent les communautés ». Ce rapport signale donc que 27 % de la population souffrent de la faim, mais les élus sont accusés de toucher un salaire de 21.000 € par mois, en comptant tous les avantages annexes dont ils bénéficient. 


Les déplacés des affrontements armés manquent de tout. (RFI).

 

Pourtant, avec l’augmentation du cours du cobalt, le RDC a d’énormes ressources… mais exploitées parfois en dépit des droits humains par certaines compagnies minières.

Un film d’investigation vient de sortir qui dénonce cette exploitation. Je vous invite à aller le voir. Il montre aussi les risques du tout électrique dans les moyens de transport

(nuisances dans la fabrication des batteries). 

  


Voici donc, bien chers amis et amies, un mélange d’espérance et de soucis, comme partout dans le monde. Merci de continuer à cheminer avec nous, de nous donner les moyens de continuer à semer des Germes d’espérance au sein d’une population très vulnérable. 

A l’heure où je vous écris, je me prépare à partir le 1er octobre pour Kinshasa où je donnerai encore une session avant de rejoindre la maison de formation du Bukavu où je réside et enseigne désormais.

Vingt-neuf jeunes sont arrivés ces jours-ci, ils se préparent à devenir missionnaires et nous sommes avec eux pour les former humainement et intellectuellement, et pour les accompagner spirituellement. Merci de prier pour eux.

Une des cinq presqu’îles de Bukavu, sur le lac Kivu.


Un grand merci à ceux et celles qui nous aident, au nom de ceux et celles qui en bénéficient ! Notre objectif est de les rendre autonomes demain.

Bernard Ugeux. 


mercredi 28 septembre 2022

Avec le Christ le cœur ne vieillit jamais

Session Des Séniors 2022



Quelle bonne nouvelle pour les 18 participants lorsqu’ils ont appris que la rencontre des aînés aurait lieu de nouveau à Rome après presque 3 ans sans rencontre !   Nous nous sommes donc réunis : 12 M.Af. : 1 Rwandais, 1 Allemand, 3 Hollandais, 3 Britanniques, 3 Belges et 6 SMNDA : 4 Canadiens, 1 Britannique et 1 Français, accompagnés de Bernard Ugeux -Belge. – et Terry Madden- britannique.

Nous avons reçu un très bon accueil de la part des différents groupes présents à la maison généralice des SMNDA. L’esprit convivial de la maison nous a permis de nous sentir chez nous et de profiter au maximum du cadeau que nos deux instituts nous avaient offert : un pèlerinage, un voyage vers nous-mêmes, nos frères et sœurs et Dieu.

Parmi les moments forts de cette période spéciale, il y a eu la joie de se retrouver, parfois après de nombreuses années, la joie de rencontrer d’autres personnes pour la première fois et de prendre conscience du grand nombre de jeunes M. Af. qui étudient ici à Rome.

Nous avons apprécié le contenu et le rythme du programme qui était bien adapté à notre étape de vie, donnant du temps pour la réflexion personnelle, la prière, le partage et la socialisation… Nous avons apprécié les visites aux services de la Maison, au Pisai, à Assise et les réunions avec nos équipes générales et nos économes.

Nous sommes particulièrement reconnaissants à Bernard dont la longue expérience de ces rencontres nous a tant enrichis et à Terry qui, au pied levé, a été appelé à remplacer Helga comme co-animateur.   Nous avons admiré son courage de se lancer dans une telle aventure !

Aujourd’hui, alors que cette expérience touche à sa fin, nous sommes mieux équipés pour aller de l’avant et vieillir avec grâce, prêts à vivre l’invitation de notre Pape :  “Nous devons vivre notre foi avec un cœur jeune, avec le Christ le cœur ne vieillit jamais”.

Divers auteurs participant à la session.

mercredi 7 septembre 2022

MANIFESTATION ANTI-MONUSCO, plusieurs dégâts ont été déplorés


Depuis le mois de juillet, plusieurs manifestations ont été organisées pour solliciter le retrait immédiat de la Mission Onusienne en RDC.

Cela après que certaines autorités congolaises aient fait des déclarations publiques pour exprimer ce besoin sollicité depuis un certain temps par le peuple Congolais. D’après nos sondages, ceci laisse à croire que les propos de personnalités hautement placées à Kinshasa tenus au Nord et au Sud-Kivu depuis le mois de juillet denier seraient à la base des soulèvements populaire à l’Est de la République Démocratique du Congo, qui causa plusieurs morts et blessés voir même des pillages de biens matériels.

Les personnes mal intentionnées ont profité de cette cacophonie pour occasionner un chaos total déstabilisant les officiers de la Monusco mais aussi le paisible citoyens.

Selon Kinshasa, une commission spéciale a été mise en place et est arrivée à Goma conduite par le Vice-premier ministre de l'intérieur et qui a donné un rapport-bilan humain de trente-six morts dont treize dans la ville de Goma, treize à Butembo, y inclus quatre casques bleus, quatre morts à Uvira au Sud-kivu, trois à Kanyabayonga et trois à Kasindi". Selon ce même rapport, il a aussi été dénombré près de cent soixante-dix blessés.

Le Président de la République Felix TSHISEKEDI a fait part de sa totale désapprobation à propos du comportement des casques bleus à la base de ces incidents et de la nécessité de s'assurer que les coupables soient sévèrement sanctionnés.

Félix-Antoine Tshisekedi a rappelé au Secrétaire général de l'ONU que le retrait du M23 (un groupe armé qui opère à l’Est de la RDC depuis 2012) de toutes les localités actuellement occupées conformément aux communiqués de Nairobi, à la feuille de route de Luanda et à la déclaration du Conseil de sécurité des Nations unies du 1er juin 2022 est une condition nécessaire à la baisse de la tension.

Rapporte Radio Okapi : https://www.radiookapi.net/2022/08/03/actualite/securite/bilan-revu-des-manifestations-anti-monusco-en-rdc-36-morts

Signalons que la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) fut créée par la résolution du Conseil de sécurité n° 1279 du 30 novembre 1999, afin d’élaborer des plans en vue de l’observation du cessez-le-feu de Lusaka signé en juillet 1999 entre la République démocratique du Congo (RDC) et cinq États de la région (Angola, Namibie, Ouganda, Rwanda et Zimbabwe), et du désengagement des forces, et de maintenir la liaison avec toutes les parties DE l´accord. Par une série de résolutions ultérieures, le Conseil étendra le mandat de la MONUC au contrôle de l’application de l’accord de cessez-le-feu et lui attribuera plusieurs autres tâches connexes.

https://monusco.unmissions.org/historique - :~:text=La%20Mission%20de%20l'Organisation,d%C3%A9mocratique%20du%20Congo%20(RDC)%20et

Suite aux dégâts évoqués, la jeunesse du Sud-Kivu n’est pas restée silencieuse, le 28 juillet 2022, le Collège provincial des Etudiants du Sud-Kivu par le biais du porte-parole provincial a appelé ces derniers à la retenue et au calme, au regard des manifestations signalées ces derniers jours, pour exiger le départ de la Monusco. Il a alors appelé les étudiants à ne pas manifester, pour ne pas risquer de faire couler encore le sang des congolais, par des manifestations violentes.

Dans un communiqué rendu public ce jeudi 28 juillet 2022, le Collège des Etudiants dit reconnaitre qu’il est vrai que la situation sécuritaire se dégrade fortement à l’Est de la RDC, sans que la mission Onusienne ne mette en œuvre des actions adéquates pour endiguer la violence des groupes armés.

Pour l’Eglise catholique au Sud-Kivu, l’archevêque de Bukavu François-Xavier Maroy Rusengo s’est exprimé ce vendredi 29 juillet 2022 à la suite des tensions anti-Monusco et a proposé une journée de deuil.

Dans son message, l’archevêque de Bukavu a appelé toute la population à la paix en évitant des actes qui peuvent profiter à ses bourreaux. Il poursuit en proposant par ailleurs que le 3 août 2022 soit une journée pour pleurer les morts du Kivu et de l’Ituri.

En poursuivant, François-Xavier Maroy ajoute qu’aux côtés de la société civile, l’Eglise va organiser des cadres de réflexion pour proposer des moyens de faire entendre la voix de notre peuple, réclamant ses droits dans la non- violence active et évangélique.

L’Archevêque de Kisangani et Président de la CENCO, déplorait la situation à Goma et à Butembo en ces termes : « la CENCO comprend la colère des compatriotes qui participent à ces manifestations. En outre, comme eux, elle estime que le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et la MONUSCO ont montré leurs limites dans leur mission de sécuriser les populations exposées aux attaques des groupes armés en R.D. Congo. Pour la Société civile, bureau de coordination du Sud-Kivu, la journée du 04 aout a été une journée ville et Province morte pour exprimer vivement sans violence ni vandalisme au gouvernement Congolais et à la communauté internationale la volonté de voir la Monusco partir vite de la RC. Congo. Dans un communiqué du bureau de coordination de la société civile, il soutient l’appel de son excellence l’archevêque de Bukavu de faire de la journée du 03 aout 2022 une journée de deuil et de prière.                                                                    

Destin BYANDIKE pour Germes d’espérance.


samedi 30 juillet 2022

VERNISSAGE DU RECUEIL D’HOMMAGES A SOLANGE LUSUKU, JOURNALISTE ENGAGEE POUR LES DROITS DE LA FEMME A BUKAVU

 



UNE FEMME, UN COMBAT, UNE CONVICTION

En présence des plusieurs personnalités scientifiques et notables locaux du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, ce jeudi 21 juillet 2022, en la salle Concordia de l’Archidiocèse de Bukavu, a eu lieu une cérémonie du baptême du livre « Une Femme, un combat, une conviction » œuvre d’Adrien ZAWADI, président de la Société Civile au Sud-Kivu, dédiée à la défunte Solange LUSIKU, activiste des Droits Humains et journaliste responsable du journal le « Souverain libre ». https://lesouverainlibre.info


A cette occasion, plusieurs témoignages ont été dits en mémoire de Mme Solange.

Maman Agnès, ex ministre de transport et voies de communication 2017 au Sud-Kivu, qui a pendant plusieurs années, défendu les droits féminins avec Solange, donne ses impressions vis-à-vis de cet ouvrage :


« Solange pour moi, été une consœur, une compagne de lutte, mais aussi une amie personnelle, et quand j’ai vu que le livre est intitulé « Une Femme, un combat, une conviction » je me suis rappelé des souvenirs, parce que je suis pleine de souvenirs avec Solange, son avant-dernière enfant, avait un mois, et moi je venais d’accoucher de ma dernière fille qui avait une semaine et nous devions aller à Kabare pour sensibiliser les femmes sur la bonne gouvernance et la démocratie. Alors dans une réunion de programmation par les partenaires, ils ont dit qu’il faut me remplacer par quelqu’un parce que je venais d’avoir un bébé, et Solange est sortie dehors, elle m’a appelé au téléphone et m’a dit que la maternité n’était pas un fardeau pour nous empêcher d’aller travailler pour l’intérêt de nos paires. Ainsi, nous sommes allés à Kabare avec nos enfants dans le berceau, et nous avons travaillé ce jour-là, c’est par là que j’avais remarqué le combat que menait Solange, qu’elle ne le faisait pas pour un bénéfice personnel mais c’était par conviction, et ce jour-là je lui ai dit, « Solange, tu m’as inspiré de faire des choses par conviction ». C’est pourquoi je dis Merci beaucoup à Adrien ZAWADI, d’avoir pensé à quelque chose pour Solange parce que vous êtes la première personne dans notre Province à penser à écrire sincèrement sur une femme, et le combat qu’a mené Solange toute sa vie, était axé sur la femme et la bonne gouvernance ».

Tour à tour, plusieurs invités ont pris la parole pour placer un mot par rapport à cette œuvre et sur la vie de Solange LUSIKU.

Reportage de Destin BYANDIKE pour Germes d’espérance.

lundi 25 juillet 2022

Lettre de la Savane N°50 de juillet 2022




 Chers amies, chers amis,

Voici la 50e Lettre de la Savane de Bukavu !

Cet anniversaire de la Lettre de la Savane est l’occasion pour moi, pour vous aussi je pense, d’une action de grâce. Depuis fin 2009, date de mon arrivée à Bukavu et début de cette circulaire, que de chemin parcouru !  

J’ai pu poursuivre la publication de mes Lettres de la Savane tous les 3 mois, grâce au soutien de Dominique Isopet. J’ai essayé d’améliorer le style et la présentation de mes circulaires et j’ai surtout pu relancer notre site web grâce à un jeune journaliste congolais que je rémunère. Nous avons reçu plus de 11.000

visites depuis ce nouveau départ (En faites-vous partie ?...  ) Il y a aussi quelques vidéos dont vous avez reçu le lien régulièrement et qui parlent de nos engagements quotidiens.

Particulièrement le dernier montage qui présente des témoignages de jeunes filles et des formateurs/trices.

Autre raison de nous réjouir de ce numéro 50. J’ai pu continuer durant près de 12 ans mes engagements pour la formation permanente, essentiellement à travers des sessions sur des sujets variés dans plusieurs pays d’Afrique et à Rome ainsi que mes engagements humanitaires et caritatifs grâce à votre soutien moral et matériel. Et tout récemment, je suis revenu à la formation initiale - qui me demande un recyclage dans l’enseignement de la philosophie - dans un lieu de formation universitaire des Missionnaires d’Afrique (Ruzizi), dont j’ai participé à la création il y a …41 ans.

Sortie de fin d’année de la communauté de la

Ruzizi

Enfin, et surtout, il y a la fidélité de la part d’un certain nombre de fidèles lecteurs de cette lettre, sans la générosité desquels nous ne pourrions pas poursuivre nos actions. Nous avions commencé avec quelques soutiens prudents mais aujourd’hui il y a 400 abonnés à la Lettre de la Savane , dont des communautés. Grâce à plusieurs personnes généreuses,  nous continuons à recevoir des aides, limitées mais régulières. Elles permettent pour le moment la survie de nos projets. Certains se signalent aussi avec discrétion par des messages et nous encouragent. 

Crise économique mondiale… et locale

Le centre Nyota et l’école de menuiserie de Kamituga, tous les deux consacrés au soutien et à la formation professionnelle de jeunes très vulnérables (dont des filles dans la rue et des garçons provenant des mines d’or) souffrent de l’inflation due aux conséquences du covid et de la guerre en Ukraine, dont les spéculateurs se régalent. Farine, huile, sucre, carburant, tout grimpe en flèche et nous avons dû augmenter tous les salaires à Bukavu. Inutile de vous dire que votre soutien nous est plus que nécessaire. 


 Les gens sont d’un courage extraordinaire, mais ce sont les enfants qui souffrent de malnutrition ou ne peuvent aller en classe, l’argent des parents étant absorbés par la nourriture.

 Le roi Philippe et la reine Mathilde de Belgique

Nous avons été très déçus du report de la visite du Pape François sur les bords du Lac Kivu, à Goma, à 100 km au nord de chez nous, pour raison de santé. Par contre, la surprise  a été le passage du roi Philippe et de la reine Mathilde de Belgique à Bukavu, dans le cadre d’une visite d’une semaine au Congo. Elle avait dû être reportée plusieurs fois à cause du covid. Leur initiative a été bien accueillie par la plupart des Congolais, les relations avec la Belgique s’étant bien détendues à la suite du changement de président, de la promesse de la restitution d’œuvres d’art traditionnel pillées durant la colonie, ainsi que du retour au pays de la dent – seule trace qui en reste – du premier Premier ministre congolais qui a été assassiné peu de temps après sa prise de fonction à l’occasion de l’indépendance. Cet acte avait reçu le soutien de la Belgique à l’époque. Il s’était montré trop critique des méfaits de la colonisation et était devenu par cet assassinat un héros de l’indépendance pour toute l’Afrique. Le discours du roi Philippe à Kinshasa a stigmatisé les excès de la colonisation et a été bien reçu par la population. Certains rêvent (vainement…) de la restitution de la valeur des matières premières abondamment ponctionnées durant la colonisation belge.


Chapitre Général

Notre Société Missionnaire vient de terminer son Chapitre Général qui a lieu tous les 6 ans. La surprise a été la réélection de notre Supérieur Général, Stan Lubungo, Zambien, un de mes anciens élèves de Toulouse, que j’apprécie beaucoup. Il n’y a plus qu’un Européen sur les 4 conseillers généraux, un Polonais pour la première fois, et l’Asie vient de s’inviter avec un conseiller indien. 


Ce renouvellement me réjouit, d’autant plus que je les connais tous et les apprécie. Ils doivent veiller à la mise en application des décisions prises par les membres de ce Chapitre durant les 6 prochaines années. Ils auront besoin de discernement et de courage avec les crises mondiales qui s’ajoutent aux soubresauts violents qui secouent la plupart des pays africains  (coups d’état à répétition, fanatisme islamiste de plus en plus violent, combats à la frontière de la RD Congo, etc.)

Quelques nouvelles personnelles 

Quant à moi, ma santé est bonne et je tiens compte de l’âge qui avance et subit chaque année des contrôles médicaux approfondis. Je n’ai pas encore été touché par la pandémie. J’ai été vacciné trois fois l’an dernier mais il semble que ce soit déjà obsolète. Je continue donc mon travail de formateur dans notre institut de formation de futurs missionnaires, première étape universitaire centrée sur la
 philosophie et les sciences sociales et humaines. C’est une sédentarisation pour moi, qui corresponds bien à mon âge. 
La porte blanche : là où je reçois mes visiteurs et surtout visiteuses en quête de conseil

l’Afrique les consacrés comme les intellectuels.

Je vous quitte en vous souhaitant un bel été malgré la canicule.

Je remercie encore celles et ceux d’entre vous qui se sentent et se montrent solidaires de nos projets.

Ne vous inquiétez concernant les bruits de batte sur notre continent, il en a vu d’autres et le courage des populations africaines reste.
Au nom de tous ceux et celles que je représente auprès de vous, je vous souhaite de décider l'espérance. Bernard Ugeux, votre frère. 


Célébrations eucharistique à la prison centrale de Bukavu

Un grand merci à ceux et celles qui nous aident, au nom de ceux et celles qui en bénéficient ! Notre objectif est de les rendre autonomes demain.

Cette année, l’association Garonne Animation (Toulouse) et la Fondation Roi Baudouin (Belgique) ont fait un don à Germes d’Espérance. Nous les en remercions vivement.

Situation humanitaire à l’Est de la RDC, des milliers des victimes prennent refuges au Burundi.

Source photo : mediacongo.net Guerre dans l’Est de la RDC, plus des 17 853 victimes venant d’Uvira, Walungu, Bukavu, Sake, Kamanyola, Minova...