lundi 2 mai 2022

Nouvelle lettre de la Savane N°49 d'avril 2022

 

Chers amies, chers amis,

En ce temps pascal, je souhaite à tous ceux et celles pour qui cela a un sens une belle fête de la résurrection. Croire que la mort n’a pas le dernier mot dans notre vie est source d’une grande espérance alors qu’autour de nous il est si souvent question de violence et de massacres. Que cette espérance nous aide à regarder l’avenir avec confiance malgré tous les soubresauts de notre monde aujourd’hui.

Comme vous certainement, je suis très touché par l’horreur de ce qui se passe en Ukraine et qui mobilise les médias. Nous pensions que ce genre de guerre n’existerait plus en Europe, et voilà qu’un seul homme déséquilibre presque tous les repères de notre planète, alors que l’épidémie de Covid nous avait déjà renvoyé à nos fragilités.  Avec le risque d’oublier les autres lieux du monde, comme notre pays, où les déplacés se comptent par millions et où il n’est pas possible de dénombrer les morts et les victimes de violence.

Que ce soit ici ou là, ce qui pour moi reste une raison d’espérer, c’est l’extraordinaire mobilisation de compassion et de solidarité que provoque chaque drame dans notre monde.

                                      

Partout et toujours, il y a des personnes qui donnent le meilleur d’elle-même quand elles en voient d’autres souffrir autour d’elles. Je me dis souvent : « tu as reçu gratuitement donne gratuitement ». Et vous en faites partie, vous qui continuez à nous soutenir, alors que vous êtes tellement sollicités, conscient(e)s que sans votre soutien, ces centaines de victimes que nous accueillons chaque année n’auraient pas d’avenir. Vous savez à quel point nous vous en sommes reconnaissants. Vous trouverez ci-dessous le lien vers une vidéo que nous avons produite -avec les moyens du bord – pour partager le témoignage de personnes accueillies et d’animateurs du centre Nyota.

Cette année encore, j’ai eu l’occasion de célébrer la Semaine sainte avec des jeunes universitaires dans le cadre d’une retraite de trois jours. J’ai été frappé une fois de plus par le sérieux de leur engagement. Dès l’arrivée, chacun remet son smartphone aux animateurs qui leur restituent à la fin de la vigile pascale. C’est alors l’immersion dans un grand silence où alternent chaque jour deux conférences et la célébration du jour, avec des temps de prière personnelle et quelques carrefours. Les célébrations bien préparées par la chorale et l’équipe liturgique sont des temps forts où je m’inspire d’apports nouveaux pour eux comme la vénération de la croix dans la tradition de Taizé ou l’annonce de la résurrection par trois jeunes femmes, comme dans les évangiles, inspirée par la Conférence des Catholiques de France.



Sur les quarante-six participants, garçons et filles, j’en ai reçu trente qui souhaitaient avoir un contact personnel avec moi. Ce fut l’occasion pour moi de les rejoindre dans un quotidien très difficile. Beaucoup ont de sérieux problèmes familiaux. Certains n’arrivent qu’à grand-peine à assurer les frais académiques, sans parler du coût des vêtements, de la nourriture, des déplacements et les fournitures diverses.

Je suis impressionné par leur courage et leur détermination, alors qu’ils ne se font pas d’illusions quant à la possibilité de trouver du travail quand ils seront diplômés, étant donné qu’il n’existe pratiquement pas de création d’emplois dans cet immense pays au potentiel illimité, dont les richesses sont accaparées par quelques-uns ou exportées.

Au centre Nyota de Bukavu ainsi qu’à l’école de menuiserie de Kamituga, les activités de formation et de réinsertion se poursuivent normalement malgré une forte augmentation du coût de la vie, particulièrement en ce qui concerne les transports. Soulignons quatre activités récentes : l’apport de repas protéinés à une cinquantaine de filles accueillies qui souffrent de grave malnutrition, le développement de la formation à l’éducation à la paix proposée aux jeunes volontaires afin que, de retour dans leur milieu, elles qui ont tellement souffert de la violence, deviennent des médiatrices de paix. La poursuite des démarches administratives pour obtenir une attestation de naissance pour une cinquantaine de filles cette année, qui n’ont aucune pièce d’identité.

Et enfin, la création d’une unité de production artisanale de savon nous permet de former des jeunes à cet artisanat en complément aux autres formations professionnelles qu’elles reçoivent durant les trois à cinq ans qu’elles passent dans notre maison. Je rappelle que chaque année elles sont au nombre de 250 minimum, en externat. Inutile de préciser que sans votre soutien aucune de ces activités ne serait possible en plus des frais de salaires et de fonctionnement.


Peut-être avez-vous entendu parler des coups d’état successifs dans plusieurs pays du Sahel (Guinée, Mali, Burkina Faso). Ceux-ci ont entraîné l’expulsion du Mali des troupes françaises de l’opération Barkhane. Les populations de ces pays ont développé un rejet des troupes européennes à qui elle reproche d’être inefficaces depuis de nombreuses années et de rechercher leurs propres intérêts économiques. Cela est évidemment très mal perçu par les pays européens, qui oublient souvent qu’ils sont d’anciens Etats colonisateurs. Le pillage des matières premières par les multinationales occidentales qui se poursuit sans vergogne avec souvent le soutien de leurs Etats entraîne un rejet de l’Occident et parfois du Blanc, qu’on ne comprend pas vu de loin. Les Occidentaux disent : « nous venons les aider et ils nous rejettent ». On ne peut nier que leur présence peut s’expliquer par des demandes de certains gouvernements africains et qu’elle a pu, à certains moments, éviter un renversement violent de régime. Mais le fait que cette présence s’est installée alors que les gouvernements changent sur place entraîne des soupçons. Au point de préférer faire appel aujourd’hui à des troupes (ou des mercenaires) russes, au Mali ou au Cameroun par exemple, dont la réputation de brutalité n’est pas à prouver. Les Occidentaux le vivent d’autant moins bien qu’on découvre comment ces troupes se conduisent actuellement en Ukraine. Mais ce rejet devrait nous encourager à un certain examen de conscience concernant une forme de paternalisme militaire – du moins c’est comme cela que c’est perçu – qui provoque des méfiances dont nous-mêmes qui vivons sur le terrain depuis très longtemps faisons parfois les frais. Sur le plan économique, l’exportation quasi systématique de matières premières à l’état brut (minerais ou forêt) sans aucune transformation locale est perçue comme une forme de prolongation du colonialisme. Créer des entreprises de transformation de ces produits permettrait la création de milliers d’emplois locaux. Il y a suffisamment de diplômés compétents en Afrique et de jeunes prêts à être formés.


Certains gouvernements africains comme des multinationales occidentales et asiatiques sont complices de ce pillage dont ils sont les principaux bénéficiaires. On l’a déjà dit : si l’on payait à leur juste valeur les « terres rares » dont sont composés nos smartphones, nous devrions payer 20% de plus que les prix écrasés actuels. Vous avez peut-être eu l’occasion de voir le documentaire belge « Du sang dans nos portables » qui décrit dans quelles conditions ces minerais sont extraits par des enfants exploités en RDC.

Quant à moi, je m’adapte bien dans la communauté de formation dont je fais partie depuis le 2 février. J’apprécie beaucoup l’esprit de la maison et le dynamisme des vingt-quatre jeunes en formation. Ils passent trois ans ici, pour s’initier à la vie spirituelle, communautaire, apostolique et missionnaire, et recevoir une formation universitaire en philosophie et en sciences humaines. Ils ont aussi divers engagements apostoliques dans des lieux de « périphérie » auprès des plus démunis.


Je devrais enseigner ici l’an prochain. Je suis encore engagé dans quelques formations permanentes et poursuis mon engagement dans mes projets humanitaires et caritatifs que vous supportez vaillamment.

Enfin, notre pays se prépare à accuellir le Pape François au mois de juillet. C’est une source de joie et d’espérance dans ce pays si largement catholique (40 %) et si meurtri par les affrontements armés et les éruptions volcaniques.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sera un grand temps de célébration fraternelle où l’Eglise locale attend une confirmation de ses engagements au service du peuple congolais.

Nous espérons que tout se passera dans le calme, étant donné qu’il viendra aussi près de chez nous (à Goma, de l’autre côté du lac Kivu) dans une province en état de siège.

Je vous quitte en vous envoyant les amitiés reconnaissantes de mes divers collaborateurs ainsi que de tous ceux et celles qui retrouvent le sourire grâce à votre solidarité priante et financière.

Bernard Ugeux M.Afr.

Lien pour visionner notre nouvelle vidéo avec des témoignages des jeunes filles du Centre Nyota. https://youtu.be/m-2Ztz7Q06g



 




jeudi 17 mars 2022

FETE DE LA FEMME AU CENTRE NYOTA 2022

 

Sud-Kivu, ce samedi 12 mars 2021, le centre Nyota de l’Archidiocèse de Bukavu qui accompagne et accueille chaque année 250 filles victimes de différentes formes de violence, a organisé une fête de la femme afin de leur permettre de s’exprimer sur leurs droits.  Pendant les manifestations culturelles, les filles de ce centre ont présenté des danses, du théâtre, des poèmes etc. particulièrement autour du thème de la paix et des droits des femmes. Pour la Directrice du Centre Madame Noëlla KADAY, les activités culturelles organisées en cette circonstance aident ces filles à dépasser certaines difficultés qu’elles ont traversées dans leur vie et facilitent un travail de résilience. .

Merci de suivre en bref la vidéo de cette activité sur ce lien : https://youtu.be/s2ven8b2AnY

Reportage de Destin Byandike.


mercredi 16 mars 2022

Les évêques congolais attendent la visite de François début juillet 2022


En prévoyan
t de se rendre dans la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud en juillet 2022, le pape a une nouvelle fois privilégié les peuples les plus désavantagés de la planète. Le regard de Bernard Ugeux, père blanc qui vit en Afrique sub-saharienne depuis des années.

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » : c’est par ces mots que les évêques de la Conférence de la République démocratique du Congo ont accueilli l'annonce du Vatican, faite le 3 mars, d'une visite prochaine du pape François dans leur pays en juillet 2022. Il passera par Kinshasa (la capitale) et Goma (ville en état de siège dans l’est du pays).

La République démocratique du Congo est le deuxième État le plus vaste du continent africain et 40 % de ses 90 millions d’habitants sont catholiques. Le centre et surtout l’est sont en proie depuis plusieurs décennies à une instabilité propice à la prolifération de groupes armés. On en compte actuellement 120 qui sévissent dans l’est du pays, bordé par le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Leurs exactions ont déjà entraîné plus d’un million de déplacés et des dizaines de milliers de morts en une vingtaine d’années.

Une des raisons de leur existence est l’extraordinaire richesse du sous-sol et des forêts du pays. C’est un des pays les plus riches d’Afrique en minerais stratégiques et terres rares dont l’exploitation apporte peu d’avantages à une population sans ressources et exsangue. Les bénéfices ne profitent qu’à un nombre restreint de nationaux et d’expatriés (dont les multinationales occidentales et asiatiques).

Cette paupérisation a été précédée par des troubles dramatiques durant les années 1990 qui ont entraîné plusieurs centaines de milliers de morts. Le rapport Mapping, de l’Onu, de 2010, qui documente ces massacres pour l’époque de 1993 à 2003, est resté lettre morte jusqu’à présent.

Dans les pas de Jean Paul II

Durant sa visite de consolation et d’encouragement, François s’inscrira dans les pas de saint Jean Paul II, qui s’y était rendu à deux reprises, d’abord en 1980 puis en 1985.

Selon le site Vatican News, l’évêque de Goma Willy Ngumbi souligne que la visite du Saint-Père sera un signe de réconfort, de paix et d’encouragement pour l’est de la République démocratique du Congo qui souffre non seulement de l’insécurité, due aussi aux conflits territoriaux, mais aussi de catastrophes naturelles. Il fait allusion à l’éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021, avec des conséquences désastreuses.

« Nous sommes dans une situation où nous avons besoin d’une parole de consolation, de réconciliation, de paix et de fraternité », affirme-t-il, soulignant que cette visite est attendue avec joie par une population qui a besoin de signes d’espérance (il existe des déplacés du volcan qui ne sont pas encore relogés). « Que l’on voie que le Saint-Père vient parce qu’il a de la compassion pour nous, qu’il connaît notre situation ; car c’est un amour de Père qui l’anime. Que sa visite nous aide à nous réconcilier entre nous, afin de travailler ensemble à restaurer la justice sociale, la paix et la charité », souhaite l’évêque de Goma.

Raviver l’espérance des Congolais

Le pape François est très apprécié dans le pays car il est abondamment intervenu à propos de la situation douloureuse du pays, que ce soit sur les violences locales ou l’éruption du volcan près de Goma, comme le souligne la lettre de bienvenue de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco).

Les Congolaises sont d’autant plus sensibles à la venue du Saint-Père qu’elles sont des dizaines de milliers dans l’est du pays à avoir été victimes de violences fondées sur le genre. Le viol est utilisé comme une arme de guerre, comme le rappelle régulièrement le Dr Mukwege, prix Nobel de la paix, qui opère les victimes à Bukavu, au sud du lac Kivu. L’Église catholique est aussi engagée dans l’accueil et la réintégration des victimes de ces violences, dont personne ne parle plus dans les médias.

Selon les évêques de la Cenco, « le Saint-Père vient donc à nous en bon berger qui ne veut perdre aucune de ses brebis. II vient raffermir les fidèles catholiques dans la foi des apôtres, réconforter ses frères dans l’épiscopat, partager nos joies et nos peines, et raviver l’espérance du peuple congolais meurtri par les tribulations de toutes sortes. II vient sans doute nous prêcher la joie de l'Évangile. »

B.Ugeux sur  www.lavie.fr 

mardi 8 mars 2022

Interview du Père Bernard Ugeux faite ce mercredi 03 mars 2021 sur les filles victimes de violences sociales au Sud-Kivu. (08 mars 2022)

 


Le centre Nyota, de l’Archidiocèse de Bukavu se trouvant à l’Est de la R.D Congo contribue jusqu’aujourd’hui à la formation et à l’éducation intégrale des jeunes filles, surtout celles marginalisées, ou victimes de violences sociales.

Q. Père Bernard Ugeux, est ce que vous pouvez nous expliquer en bref votre parcours ici en Afrique ?

R. Merci beaucoup. Je suis arrivé au Congo il y a déjà 50 ans mais je n’y suis pas resté tout le temps néanmoins, maintenant cela fait déjà 30 ans que je suis permanent en Afrique, et la dernière fois que j’y suis revenu, c’est il y a 12 ans, comme responsable de la formation permanente pour les consacrés. J’ai voulu m’investir également au service des plus fragiles et des plus pauvres, et donc c’est comme cela que j’ai pris des contacts pour savoir quels étaient les besoins ici à Bukavu.  J’ai alors découvert le Centre Nyota qui avait vraiment besoin d’un important soutien.

 

Q. Est-ce que vous pouvez nous parler du Centre Nyota et du travail que vous y faites ?

R. Quand je suis arrivé à Bukavu, j’ai découvert le Centre Nyota, qui était déjà créé depuis plusieurs d’années par les sœurs Dorothée de Cemo, qui avaient dû quitter à cause de la guerre. J’ai découvert qu’il y avait un travail important qui s’y faisait, parce qu’on accueille des jeunes filles en situation de grande vulnérabilité. On y reçoit chaque année 250 filles qui restent de 3 à 5 ans, en externat. J’ai cherché dans quelle mesure je pouvais les aider. Or, quand j’ai quitté Toulouse il y a 12 ans, un réseau d’amis m’a dit, « on est avec toi pour t’accompagner si tu rencontres des besoins ».  Quand j’ai découvert ce centre, j’ai vu qu’il y avait de grands besoins, d’abord matériels et financiers ! Comme le travail qui s’y fait est de grande valeur, j’ai demandé à mes amis de nous aider, et c’est alors que nous avons créé le réseau « Germes d’Espérance ».  Dès lors, le réseau a commencé à financer le centre. Jusqu’aujourd’hui, et il en reçoit le financement au complet de ses frais de fonctionnement.

 

Q. Par rapport au Centre, est ce que vous voyez qu’il y a une suite favorable au travail que vous faite ?

R. Ce qui me frappe, c’est le fait que, comme le financement est devenu régulier et ajusté, le personnel aussi est devenu stable. Maintenant, il y a une équipe présente depuis de nombreuses années qui travaille bien ensemble. Les membres du personnel se connaissent entre eux et cela favorise la collaboration dans le milieu de travail. Là, je m’occupe de la formation continue, surtout à travers la formation spirituelle et également une formation à l’écoute et l’accueil des personnes traumatisées, etc. En dehors de ce travail au centre Nyota, j’assure des accueils individuels, de personnes victimes de traumatisme, entre autre basées sur les violences sexuelles. Cette expérience, je la transmets aussi, pour que l’équipe de Nyota puisse en profiter afin de bien accueillir les filles qui viennent et qui sont majoritairement très vulnérables.

 

Q. Est-ce que vous trouvez que cette équipe accompagne favorablement ces filles afin qu’elles aient un avenir meilleur ?

R. Il est clair que plus les animateurs et enseignants du Centre Nyota traitent des cas difficiles, plus ils améliorent leur travail. Ce qui est intéressant, c’est que plusieurs personnes qui y travaillent, y ont été elles-mêmes élèves, et y ont été aidées à se reconstruire à la suite des difficultés qu’elles ont connues. Ce sont des gens qui connaissent bien le terrain et qui ont beaucoup d’expérience, la majorité d’entre elles sont des mères des familles nombreuses, et il y a aussi une religieuse formée à l’accompagnement des personnes traumatisées etc. Je constate qu’il y a de très bon résultats, non seulement au niveau scolaire, où les filles ont de bons résultats pour les différents jurys qu’elles passent, mais aussi sur le plan moral. Quand on fait le tour des classes ou quand on les rencontre, on voit leur dynamisme et leur joie de vivre. Car ces filles ont retrouvé confiance en elles-mêmes, rien que, déjà,  par le fait de porter un uniforme scolaire, alors qu’elles étaient dans la rue ou traitées comme des prostituées, par exemple. C’est socialement un changement important, et cela favorise une vraie résilience ! On peut dire qu’il y a un magnifique travail de résilience qui se fait, et la plupart de ses filles, quand elles reviennent dans la vie courante, sont en capacité de s’assumer.

 

Q. Est-ce que vous estimez que les familles de ses enfants prennent en considération les formations que font ses filles ?

R. D’abord, il faut savoir qu’un certain nombre des filles n’ont plus de contact avec leurs familles.  Mais pour celles qui restent dans leurs familles, celles-ci apprécient qu’elles aient l’occasion d’étudier gratuitement, parce qu’un grand nombre d’élèves, ici à Bukavu, sont chassés de l’école parce qu’ils ne peuvent pas payer les frais scolaires, malgré toutes les promesses de gratuité du gouvernement. C’est déjà un grand soulagement pour les parents de voir leurs filles recevoir de trois à cinq ans de formation gratuite, ce qui est assez exceptionnel. Il n’y a pas d’autre organisme qui travaille dans de telles conditions dans notre ville.  En outre, une fois que les filles retournent dans la vie, après s’être reconstruite et ayant obtenu leur diplôme, elles prennent en charge leur famille. De nombreuses filles ont commencé un petit atelier ou une cuisine, et maintenant, elles assurent les ressources financières de leur famille ; donc c’est très apprécié par les parents.

 

Q. A part le financement que vous donnez au centre Nyota à travers Germes d’Esperance, est ce qu’il y a d’autres canaux qui peuvent aider ce centre à votre absence ?

R. Je ne sais pas ce que sera le centre dans l’avenir, mais j’ai pris contact avec des associations et des fondations pour leurs demander si elles peuvent prévoir de mettre de côté une somme d’argent qui ferait que, même si je devais arrêter de le soutenir pour des raisons de santé ou autre, il y ait quand même une certaine pérennisation du projet. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que comme ce centre a été fondé par les Sœurs de Cemo, il dépend du Diocèse de Bukavu (à qui les locaux appartiennent), en outre, il est reconnu par l’Etat congolais (qui n’apporte aucune aide). Comme pour le moment nous prenons en charge les frais de fonctionnement, le Diocèse nous fait confiance. Le jour où nous n’y arriveront plus, le Diocèse avisera.

 

Q. Merci beaucoup, on ne sait pas s’il y a un ajout par rapport à tout ce que vous nous expliquer !

R.. Je suis très reconnaissant pour les gens qui nous soutiennent depuis douze ans avec leur propre argent.  Ils continuent à se sentir concernés, alors qu’ils reçoivent beaucoup d’autres demandes.  Il y a énormément des souffrances et de problèmes dans notre monde, mais nos bienfaiteurs sont fidèles. Il y a aussi des monastères, des moniales, des moines, en RDC et à l’étranger, ainsi que d’autre personnes, qui prient pour nous. Pour moi, c’est aussi très important en plus des soutiens moraux, financiers ! C’est une œuvre d’Eglise, aux moyens très limités, qui dépend de la Providence. Nous recevons ces divers soutiens avec une grande reconnaissance auprès de tous ceux qui pensent à nous. Ils savent aussi que pas un centime n’est détourné des destinataires et ils reçoivent des rapports d’activité et des comptes détaillés, c’est ce qui entretient la confiance entre nous.

Merci de suivre la vidéo.

Interview de Bernard Ugeux faite sur les filles victimes de violences sociales - YouTube

Destin Byandike


vendredi 11 février 2022

Intervention du Père Bernard Ugeux à la journée philosophique du Philosophat Isidore Bakanja à Bukavu (29 janvier 2022).

 

Le consortium inter-congrégationnel Isidore Bakanja a organisé sa journée philosophique annuelle dans le hall des Pères Xavériens à Panzi le 29 janvier 2022 sur le thème : Le progrès techno -scientifique, chance ou menace pour les valeurs culturelles africaines.

Ce sujet d’actualité a passionné les près de 200 auditeurs provenant de différentes institutions d’enseignement de Bukavu, de 9 heures à 14 heures. Ceux-ci ont apporté de nombreuses réactions et questions

Le premier orateur était le professeur Gyavira Mushizi (de Kinshasa, originaire de Bukavu, universitaire travaillant pour le gouvernement congolais) qui a évoqué un changement de paradigme dans la culture africaine entre autres dans le domaine de l’écologie et abordé certains sujets politiques.

Le professeur Bernard Ugeux, de la Faculté de Médecine de l’Université Catholique de Bukavu (UCB), Missionnaires d’Afrique, a été invité à aborder le sujet selon un angle anthropologico-chrétien.

D’emblée, celui-ci a voulu positionner sa réflexion dans le cadre d’un basculement civilisationnel qui se caractérise par trois mutations historiques qui font système et qui ont été évoqués il y a déjà une vingtaine d’années par l’auteur Jean-Claude Guillebaud. Il s’agit de l’économie avec la mondialisation, l’informatique avec Internet et les réseaux sociaux, la génétique avec le clonage. Ces trois mutations simultanées font système s’ajoutent et se conjuguent. Les Etats se montrent actuellement incapables de contrôler les conséquences économiques et politiques de ce basculement civilisationnel.

Ensuite, le thème du « progrès » techno-scientifique en Afrique a été abordé par le Père Bernard Ugeux dans le contexte d’une Afrique en processus de mondialisation et de plus en plus impactée par ces évolutions culturelles. Car il s’agit bien d’une véritable transformation culturelle qui influence les valeurs traditionnelles africaines.

Deux angles d’attaque ont été utilisés pour approfondir cette question : la biotechnologie et les technologies de communication, entre autres dans les réseaux sociaux. La perspective a été celle de l’éthique, éclairée d’une part par l’enseignement social de l’Eglise catholique, et d’autre part, par les valeurs traditionnelles africaines, spécialement celles en rapport avec le respect de la vie.  Les défis sont nombreux et nous ne pouvons développer l’argumentation présentée lors de la conférence dans le cadre de ce bref article.


L’objectif de l’exposé était de montrer que l’on ne peut se limiter à la question de savoir si les technosciences sont une chance ou un risque pour l’Afrique, car elle peut se retourner ainsi : dans quelle mesure est-ce que les valeurs culturelles africaines ne représenteraient pas une chance pour l’évolution des technosciences, qui actuellement présentent actuellement un risque de déshumanisation en Occident. Du coup, c’est l’Afrique qui devient une chance pour les technosciences.

Pour répondre à ces questions, il a d’abord été fait référence aux recherches actuelles en bioéthique dans un contexte africain, entre autres à la lumière de la thèse de Mgr Muyengo, évêque d’Uvira, en RDC.  Il écrit : « C’est la conviction que la vie est un don ; on ne négocie pas un don. En Afrique, la vie, quand elle s’annonce, on l’attend ; lorsqu’elle arrive, on l’accueille ; quand elle s’incline, on la redresse et lorsqu’elle s’en va, on l’accompagne ». Dans cette perspective, il montre par exemple, que le débat concernant le statut humain de l’embryon en référence au bombre de semaines est choquant pour les tenants de la culture africaine de la vie.

Le deuxième domaine qui a été considéré, et celui des technologies des réseaux sociaux et de l’éthique qui les concerne. On a d’abord considéré l’enrichissement pour l’Afrique de pouvoir participer aux réseaux sociaux avec tout ce que ceux-ci apportent comme avantages sur un continent enclavé et qui manque gravement de ressources en infrastructures ou en institutions de formation, par exemple. On a ensuite relevé les menaces que représente l’imposition sournoise d’une nouvelle culture entièrement à la solde des grands réseaux marqués par le néolibéralisme, avec toutes les conséquences sociales, économiques et politiques qui en découlent. Elles représentent un risque pour les valeurs traditionnelles africaines. La réflexion a portée sur : dans quelle mesure est-ce que la conception de la communication et de la fraternité traditionnelles en Afrique pourrait empêcher de devenir esclaves d’u usage individualiste des réseaux sociaux, sans aucun discernement ni perspective éthique. A ce propos, il a été été fait référence à la richesse de la philosophie de l’Ubuntu, qui provient d’Afrique du Sud.  Elle a été particulièrement mise en pratique par Nelson Mandela et Mgr Desmond Tutu. Elle affirme : « Je suis ce que je suis parce que vous êtes ce que vous êtes », une autre façon de dire : «  Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes ». Ce qui renvoie aux valeurs de fraternité, d’hospitalité, de générosité, de partage, etc. Elle contrebalance ou s’oppose à l’esprit de compétition agressive qui règne sur de nombreux domaines de la mondialisation.

Cette façon d’aborder la question à partir du point de vue de l’Afrique peut paraître utopique, mais pour le professeur Bernard Ugeux, l’utopie est féconde et c’est elle qui nous propose des horizons. Elle mérite d’être essayée dans la pratique, vérifiée par l’expérience et évaluée. C’est un réel défi car l’Afrique du Sud, jusqu’à présent, n’a pas profité vraiment des apports de l’Ubuntu dans leur vie sociale encore marquée par beaucoup de violence.

 

mercredi 12 janvier 2022

Nouvelle Lettre de la Savane N°48 de décembre 2021

 Chères amies, Chers amis,

Je viens vous dire toute ma proximité en cette fin d’année que nous avions espérée plus prometteuse que l’an dernier concernant la pandémie qui parcoure rapidement notre planète au gré des variants. J’entendais hier les nouvelles mesures annoncées pour la France à la veille des fêtes de fin d’année. On perçoit une grande lassitude dans la population. Si chez nous la pandémie fait beaucoup moins de dégât, aujourd’hui, le 28 décembre, à Bukavu, c’est le calme d’une ville morte déclarée par la société civile pour s’opposer à la poussée de l’insécurité et des violences armées alors qu’une demi-douzaine d’armées étrangères sont installées dans nos frontières, censées contrôler les 130 groupes armés qui font des ravages dans l’Est de notre pays. Ici aussi c’est la lassitude.

Pourtant, dans un contexte économique de survie, les populations ont célébré Noël avec une grande ferveur, enracinées dans la confiance que si Dieu s’est fait enfant et a vécu une vie humaine dans le contexte de la dramatique occupation romaine de la Palestine à son époque, il est aussi présent ici aujourd’hui, alors que plusieurs provinces sont en état de siège. Elles ont choisi l’espérance.

Et c’est bien le vœu que je désire formuler en cette saison pour chacune et chacun d’entre vous : choisissiez l’espérance. Car c’est un choix : l’alternative est : désespérer ou espérer envers et contre tout. L’espérance n’est pas un sentiment, elle est une décision, et une grâce pour les

chrétiens.

Le logo de Germes d’Espérance (par mon ami Max Lassort).

 

Non, ce n’est pas la fin du monde. Oui, cette pandémie va se terminer dans quelque temps. Patience ! Non, les Occidentaux particulièrement atteints par le virus ne sont pas les plus malheureux du monde. Les limitations que vous devez accepter dans votre mobilité et vos célébrations ces jours-ci sont celles que la majorité de la population mondiale a toujours connue depuis des siècles dans des conditions que vous ne pouvez imaginer. C’est évidemment plus difficile à vivre quand on a connu depuis longtemps, pour la plupart, les moyens de se faire largement plaisir, à l’occasion des fêtes… Mais chez vous cela reviendra bientôt. Ici, on ne sait quand cela sera imaginable un jour. Alors, oui, choisissez l’espérance, tout à une fin, y compris les malheurs. Et goûter les petits bonheurs qui vous sont donnés au quotidien, car il y en a toujours. Comme disait le Renard au Petit Prince : « tâche d’être heureux… »

Des familles accueillantes

Commençons donc par un beau signe d’espérance. Je vous ai déjà parlé du foyer Ek’Abana de Bukavu qui a été créé pour accueillir des petites filles accusées de sorcellerie, qui se sont retrouvées à la rue. Il y en a actuellement une vingtaine qui sont en internat dans cette structure où elles reçoivent beaucoup d’amour. Hier, le foyer a organisé un échange entre des familles afin de permettre à des enfants de connaître l’affection d’un vrai foyer. Certaines familles, à cause de la maladie physique ou mentale des parents ou d’une grande misère, ont demandé de l’aide pour l’accueil de l’un ou l’autre de leurs enfants. À l’occasion de la fête de la Sainte famille, j’ai présidé une célébration où les familles biologiques ont confié à une des familles d’accueil l’un ou l’autre de leurs enfants afin que ceux-ci reçoivent l’affection, la sécurité, et l’éducation dont ils ont besoin à leur âge, pendant le temps nécessaire.

L. vient d’être accueillie dans une famille.

Cet échange fut très émouvant, avec d’un côté la souffrance de cette séparation vécue par les familles qui remettaient un enfant à une autre famille et de l’autre la grande bonté des familles d’accueil, qui ont déjà plusieurs enfants, et veulent partager leur foyer avec les plus vulnérables.

Cette solidarité entre les familles nous montre que quelques soient les épreuves que nous traversons, si nous choisissons la relation et la solidarité plutôt que de nous appesantir sur ce que nous n’avons pas nous pouvons apporter du bonheur et de l’espérance à d’autres.

L’archevêque Desmond Tutu

Vous avez dû entendre parler de ce personnage haut en couleur, prix Nobel de la Paix, qui a été, aux côtés de Nelson Mandela, un grand acteur de la reconstruction de l’Afrique du Sud après l’apartheid et promoteur de la philosophie de l’Ubuntu : « je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous »

L’hommage mondial unanime pour cet archevêque anglican, marié et père de quatre enfants, est aussi un beau signe d’espérance dans un monde où la crispation identitaire refait surface au sein des nations et même des Eglises. 

Le rapport de la CIASE

Tout le monde le craignait en France, ce rapport concernant les violences sexuelles par des clercs et des personnels de l’Eglise catholique, vient de sortir et a dépassé les pires pronostics. Les évêques, commanditaires du rapport ont été eux-mêmes désarçonnés et, pour finir, contraints à aller beaucoup plus loin qu’ils le prévoyaient dans la reconnaissance de leur responsabilité de pasteurs et de leaders (aux yeux de la société civile). Ils l’ont reconnu conjointement aux responsables de congrégations religieuses (CORREF) et ont pris des engagements sérieux quant au dédommagement (pas seulement financier) des victimes mineures ou adultes vulnérables (dont des religieuses).



 Ce que souhaitaient les victimes et les associations qui les défendaient était la reconnaissance d’un problème systémique grave dans le fonctionnement de l’Eglise catholique. Les évêques l’ont reconnu. Est-ce le début d’une réforme des fonctionnements du pouvoir dans l’Eglise catholique concernant ces scandales qui ont une dimension planétaire ? L’Eglise de France jouera-t-elle un rôle exemplaire pour enclencher les réformes nécessaires ? Sera-t-elle suivie par l’ensemble de l’Eglise universelle ? Je me demande si en dehors de certains pays européens qui lui ont emboité le pas, l’Eglise aura le même courage sur d’autres continents.

Mon changement d’activité

Cette année nouvelle est pour moi l’occasion d’un changement dans mes engagements pastoraux. Tout en restant à Bukavu, je vais travailler désormais dans une structure de formation initiale qui prépare nos jeunes confrères à la vie missionnaire. D’une part, il y a un besoin de personnel à la suite du départ d’un confrère âgé, d’autre part, arrivé à 75 ans, je ressens le besoin de limiter mes déplacements et de me stabiliser dans un service de formation de mes jeunes confrères, tout en poursuivant un travail de formation permanente limité et localisé, selon la demande et ma disponibilité. Je poursuivrai mes engagements caritatifs et d’accueil dans les limites de mon temps disponible. Cela me demande quelque sacrifice à propos de mon autonomie actuelle et dans le fait de m’inscrire dans un rythme d’internat où les horaires et l’alimentation, entre autres, me demanderont des efforts d’adaptation. Mais je l’accepte volontiers et je suis reconnaissant à mes responsables d’avoir accepté ma proposition de disponibilité pour ce ministère. Je l’ai déjà vécu durant 5 ans, il y a …plus de 40 ans.

La ville de Bukavu, sur le lac Kivu.


Je ne puis vous quitter en cette fin d’année sans remercier de tout cœur tous ceux et celles qui continuent à exprimer leur solidarité avec Germes d’Espérance. Grâce à votre fidélité, et malgré la pandémie, les grèves et l’insécurité croissante, le Centre Nyota et l’école de menuiserie de Kamituga ont bien terminé ce premier trimestre.

Belle année 2022 à toutes et à tous !

Un élève de l’école de menuiserie de Kamituga 

(ancien creuseur d’or artisanal) en stage de

 perfectionnement.

Un grand merci à ceux et celles qui nous aident, au nom de ceux et celles qui en bénéficient ! Notre objectif est de les rendre autonomes demain.

Cette année, l’association Garonne Animation (Toulouse) et la Fondation Roi Baudouin (Belgique) ont fait un don à Germes d’Espérance. Nous les en remercions vivement.

 


samedi 18 décembre 2021

Marie-clementine Anuarite Nengapeta, une Congolaise qui sert de modèle pour des chrétiens dévoués (18 décembre 2021)


Le 29 décembre 1941 en République Démocratique du Congo jadis appelé Congo Belge à l’époque, la Bienheureuse Marie Clémentine reconnue sous le nom de Anuarite Néngapeta a vu le jour. Ses parents connus sous le nom de Amisi Badjulu et Isude Julienne n’avaient jamais pensé que leur enfant embrasserait la vie religieuse étant donné qu’eux n’étaient pas du tout chrétien.

Anuarite dès son enfance, manifestait de l’affection envers les autres et voulait voir ses proches toujours joyeux.

Quand elle rencontrait des personnes vulnérables, elle ne restait pas indifférente face à leur vulnérabilité.

Très dévouée aux études, elle mettait la prière avant tout.

En 3ème des humanités, elle créa un groupe de filles qui désiraient un jour devenir religieuse car attirées par la conduite de plusieurs religieuses du milieu mais aussi du Père Louis.

A sa naissance, les parents lui donnèrent le nom de Anuarite Nengapeta et lors de baptême, elle fut baptisée sous le nom de Alphonsine à l’âge de 10 ans en même temps que sa mère.

Un jour alors qu’elle faisait déjà la 5ème année secondaire, elle montant sur un camion qui amenaient les aspirantes sans que ses parents aient autorisé sa vie religieuse et ainsi, prononça ses premiers vœux le 5 aout 1959 sous le nom de Marie-Clémentine.

Son nom Anuarite voudrait dire « celui qui se moque de la guerre » pendant que Nengapeta qui est un nom congolais signifie « la richesse trompe ». Dans l’histoire de sa vie, on laisse attendre que son nom dès l’enfance avait un sens qui allait dans la logique de la suite de sa vie.

Avec son charisme puisé dans la Sainte écriture, les conseils qu’elle donnait aux autres filles permettaient un changement de comportement à certaines qui voulaient changer.

Dans sa vie, elle n’avait pas seulement sa communauté religieuse où elle pouvait servi, mais elle enseignait aussi les enfants à l’école de base (primaire)

Elle choisit alors de continuer ses études en pédagogie dans les années 1960 à 1962 afin de bien prendre soin des enfants qu’elle enseignait.

Cette jeune fille, s’inspirait du modèle de la Vierge Marie, cela était l’un des signes qui montrait la détermination de la bienheureuse Anuarite.

Après avoir enseigné dans une école primaire pendant quelques années et étudié à l’école normale supérieure, c’est alors qu’éclate au Zaïre sous le règne du président Mobutu, une rébellion dite des « Simbas » (lions). Les combattants majoritairement adolescents (entre 12 ans et 20 ans), rejetaient le gouvernement central zaïrois accusé d’abus et créèrent la République populaire du Congo basée dans l’actuel Kisangani.

Sœur Clémentine Anuarite fut capturée en même temps que d’autres religieuses de sa congrégation par les rebelles. Elle fut tuée d’un coup de lance par le chef des Simbas qui la voulait comme femme mais Anuarite refusa sans craindre la mort car terminé dans sa vie de service et craindre l’Eternel Dieu.  Avant de rendre l’âme, la religieuse a dit à son assassin : « je te pardonne parce que tu ne sais pas ce que tu fais. » la même phrase qu’avait prononcé Jésus avant de rendre l’âme.

14 ans après sa mort le 13 janvier 1978, fut ouvert le procès de Béatification de la sœur Clémentine Anuarite .


Et elle sera béatifiée par le Pape Jean-Paul II le 15 août 1985, lors de sa visite au Zaïre. « Par sa vie religieuse équilibrée et généreuse, par sa fidélité jusqu’à la mort à la virginité offerte au Seigneur, Anuarite est parmi vous un signe providentiel de la présence de Dieu dans son Église, avait alors notifié le Saint-Père lors de la Conférence épiscopale zaïroise. Elle témoigne de la grandeur de la foi, elle montre qu’elle est admirable transfiguration de la grâce de Dieu accomplie dans l’être humain qui lui est uni dans le saint baptême. »

La Bienheureuse Anuarite a été déclarée « martyr de pureté ». S’associant au pardon accordé à son meurtrier par la religieuse, le pape Jean-Paul II lui a également accordé le pardon, au nom de l’Église.

Selon plusieurs sources, la personne qui avait achevé la vie de la Bienheureuse Anuarite c’était repentis et été présent à la Messe de sa béatification présidée par le Pape Jean Paul II à Kinshasa à l’époque de Zaïre. Cela est un signal fort de la reconnaissance de sa faute et de revenir vers le Seigneur malgré la lourdeur de la faute qu’on peut commettre.

Aujourd’hui, ce personnage qui a marqué l’histoire dans l’Eglise catholique au Zaïre reste une référence pour la plus-part des chrétiens. Non seulement les chrétiens de son Pays d’origine, mais aussi à ailleurs comme par exemple au Burundi où les Scouts de Kiganda (au centre du pays) en ont fait leur patronne mais aussi la cathédrale du diocèse de Kenge se trouvant en République démocratique du Congo, suffragant de l'archidiocèse de Kinshasa porte son nom.

Destin Byandike Kad.


Situation humanitaire à l’Est de la RDC, des milliers des victimes prennent refuges au Burundi.

Source photo : mediacongo.net Guerre dans l’Est de la RDC, plus des 17 853 victimes venant d’Uvira, Walungu, Bukavu, Sake, Kamanyola, Minova...